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  • Tarot Psychologique VS Tarot divinatoire ?

    Tarot Psychologique VS Tarot divinatoire ?

    26–39 minutes

    Bonjour à toutes et à tous,

    Après cette bien trop longue absence (entre le boulot qui mange mes semaines et les sujets que je décide d’aborder ici qui me demandent un temps de lectures préalables et de rédaction conséquents…), j’espère vous trouver en forme et prêt-e-s à vous attaquer à un sujet qui me tient à cœur : la réhabilitation du tarot divinatoire dans les discussions et les pratiques de la tarot-sphère ! Cette chronique m’est inspirée par plusieurs épisodes de podcast et publications Instagram auxquel-le-s j’ai été exposé récemment et qui m’ont interpellé tant la pratique du tarot divinatoire était au mieux évitée par l’intervenant-e, au pire dépréciée, mais sans qu’aucun raisonnement étayé ou logique ne vienne fonder cette posture pourtant partiale aux allures de jugement de valeurs. 

    J’ai bien conscience des qualités du tarot psychologique (aujourd’hui majoritairement représenté sur les réseaux) que j’ai beaucoup étudié ces dernières années et dans lequel j’ai pu faire évoluer ma pratique, mais ces qualités lui sont-elles exclusives ? Et considérer le tarot psychologique doit-il conduire à déprécier le tarot divinatoire ? Explorons le sujet en partant des affirmations que j’ai déjà pu entendre ou lire ici et là et regardons-les de plus près.

    1. « Le tarot psychologique redonne le pouvoir au consultant alors que le tarot divinatoire est le terreau de l’emprise »

    C’est souvent une idée qui est mise en avant comme un argument d’autorité : il y aurait, d’un côté, le tarot psychologique, qui place le consultant au centre du tirage de cartes pour l’aider à interroger sa réalité, à comprendre sa vie et à prendre ses propres décisions et, de l’autre côté, le tarot divinatoire, qui se bornerait à dessiner le cours inaltérable des évènements, rendant le consultant impuissant face à son destin et l’exposant à l’emprise du taromancien.

    Cette dichotomie est évidemment beaucoup trop simple, d’abord parce que la frontière entre tarot psychologique et tarot divinatoire n’est pas étanche, ensuite parce que l’approche divinatoire du tarot n’a qu’un intérêt très limité pour le consultant si elle est vue comme inaltérable, enfin parce que la garantie du libre arbitre du consultant dépend plus de l’éthique du tarologue que du type de tirage qu’il pratique.

    Sur la frontière, tout d’abord, vous constaterez aisément qu’elle est poreuse, tant du côté du tarot psychologique que du tarot divinatoire. Quel regard porter sur des cartes comme celle de conseil ou, plus encore, celle d’issue qui sont toutes deux présentes dans la plupart des tirages psychologiques ? Le conseil n’a-t-il pas pour objet de dessiner une trajectoire vers un futur plus agréable pour le consultant, plus proche de ses aspirations ? Réfléchissez-y : comment pensez-vous que le consultant appréhende une carte de conseil lorsqu’il vient consulter un tarologue si ce n’est comme un levier pour agir sur son futur ? Et pour vous, qui effectuez une lecture de tarot psychologique, comment considérer que le conseil dispensé par la carte est le bon, si vous n’avez pas la croyance que cette carte va permettre au consultant de dessiner un avenir plus brillant ? Et si l’on parle de l’issue : n’est-elle pas une prédiction pure et simple ? Et surtout, pensez-vous l’issue comme un événement immuable auquel le consultant sera amené selon qu’il suit ou non votre conseil ? Si non, quel est l’intérêt de tirer une telle carte ? Il y a donc bien, dans le tarot psychologique, une projection vers l’avenir qui peut être regardée comme de la divination ou, à tout le moins, de la prédiction ou de l’anticipation.

    S’agissant du tarot divinatoire, là encore, vous constaterez que la frontière avec le tarot psychologique ne brille pas par son étanchéité. Pour en attester, voici un extrait du dernier livre de Mat Auryn, auteur et enseignant dans les domaines de l’occultisme et de la sorcellerie, intitulé “Le pouvoir du tarot : développez votre potentiel intuitif et renforcez vos capacités divinatoires et psychiques” (Le Lotus et l’Éléphant). Dans un développement consacré au “libre arbitre vs. destin prédéterminé”, il écrit que “la perspective de voir l’avenir est séduisante. Même si le tarot ne peut pas fournir de détails spécifiques comme les numéros gagnants de la loterie – et croyez-moi, j’ai essayé –, il peut donner une idée de ce qui nous attend. En interprétant les énergies et les circonstances en jeu, le tarot devient un outil précieux pour identifier les défis et les obstacles potentiels. Il lit l’énergie et fournit une prévision fondée sur le résultat le plus probable, ou il indique où elle peut aller. Cette vision nous permet de prendre des  décisions en connaissance de cause et des mesures proactives pour obtenir le meilleur résultat possible. […] Considérez-le comme un système GPS : il suggère les meilleurs itinéraires vers notre destination, mais c’est nous qui décidons du chemin à prendre et de la manière de gérer les détours éventuels. Le tarot doit offrir des conseils avisés, et non dicter nos actions ou contrôler notre vie. Au contraire, il doit nous aider à prendre de meilleures décisions en nous offrant des perspectives plus claires. Grâce aux conseils du tarot, nous sommes en mesure de faire des choix qui correspondent à nos objectifs et de naviguer dans les hauts et les bas de la vie pour obtenir les meilleurs résultats possibles. Le tarot ne doit pas remplacer notre pouvoir personnel et notre indépendance de pensée. L’idée d’un avenir figé et immuable, bien que simple, sape l’objectif même du tarot. Si tout était prédéterminé, pourquoi utiliser la divination ? Nous ne serions que des observateur·rice·s de notre vie, attendant que notre destin suive son cours. Nous savons que nous avons le pouvoir de construire notre avenir. Nous croyons au pouvoir de l’intention et de la manifestation, c’est-à-dire à la capacité de modeler notre réalité en concentrant notre énergie et notre volonté. Theresa Reed l’affirme lorsqu’elle écrit : « Les cartes racontent une histoire… mais c’est vous qui écrivez la fin. » Cette idée confirme que l’avenir n’est pas un point fixe, mais une toile en constante évolution, teintée par nos désirs et nos choix”.

    Dans cette configuration, le tarot divinatoire se fait aidant, et redonne au consultant toute marge de manoeuvre pour écrire l’avenir qu’il souhaite : soit la lecture de cartes lui convient, et dans ce cas là il poursuit sa vie sans rien changer, soit la lecture de cartes ne lui convient pas, et le taromancien recherche avec lui les modalités d’action pour infléchir le cours des événement.

    Je vais vous donner un exemple de lecture que j’ai faite il y a quelques mois pour un ami qui passait un concours. J’ai tiré les cartes pour savoir comment allait se passer son audition, et ma lecture était défavorable : je comprenais, en synthèse, que le jury ne verrait pas son potentiel parce qu’il allait rester très technique dans ses réponses. Si j’en étais resté là, mon ami serait parti avec une perspective d’échec… Mais quel intérêt ?! J’ai tiré 3 cartes de conseil sur la meilleure manière pour lui d’appréhender l’oral afin d’en changer l’issue, et ma lecture m’a permis de lui conseiller d’alimenter ses réponses d’exemples personnels, et surtout de ne pas s’en tenir à des réponses logiques ou stéréotypées, mais d’exprimer la manière dont lui s’est senti dans de telles situations et d’avouer ses faiblesses et les leçons tirées. Cela lui a permis d’ajuster sa préparation et le jour de l’oral, il était beaucoup plus en confiance lorsque le jury est venu le chercher sur ses échecs, sur les situations difficiles vécues au travail et sur sa capacité à être résilient. Au final, son entretien s’est très bien passé, en sortant il m’a dit avoir eu le sentiment d’une vraie rencontre avec le jury, et j’ai immédiatement su que c’était gagné.

    Vous voyez certainement venir ma conclusion sur ce premier point : que l’on pratique le tarot psychologique ou le tarot divinatoire, ce qui éloigne le risque d’enfermement du consultant et d’emprise du praticien, c’est : 

    • en premier lieu l’éthique du praticien (il est fondamental, lorsqu’on rencontre un tarologue, de vérifier ses règles éthiques, que ce soit sur les sujets abordés en consultation, sur sa vision de l’avenir ou sur le nombre de consultations possibles sur une période donnée), 
    • en deuxième lieu le fait pour le praticien de placer le consultant au centre du tirage de cartes (et pas simplement “le destin” ou “l’inéluctable”), et de lui donner les moyens d’agir pour influer sur la suite des évènements.

    2. « Le tarot divinatoire est fondé sur les élucubrations d’auteurs qui ont tout inventé de son origine et sa pratique pour vendre des bouquins, le tarot n’est, en réalité, qu’un jeu de cartes »

    Difficile de dire que le tarot n’est pas un jeu de cartes ! Et difficile aussi de nier que, s’agissant des premiers auteurs ayant développé à l’écrit des théories sur le tarot divinatoire (par exemple, pour ne pas les citer, Antoine Court de Gébelin ou Etteilla), les liens tissés entre le tarot et ses origines égyptiennes supposées sont plus que discutables (pour savoir de quoi je parle ici, je vous renvoie à l’excellent ouvrage d’Isabelle Nadolny “Histoire du tarot : origines, iconographie, symbolisme” (aux Editions Trajectoire) ou bien encore à la non moins excellente chronique d’Emmanuelle Iger dans l’épisode 137 du podcast du Magicien consacré à “La vérité sur le tarot de Marseille” sorti le 10 février dernier).

    Je voudrais néanmoins vous pousser ici ma réflexion, qui se désintéresse quelque peu de la question historique ou philosophique des origines du tarot pour interroger ce qu’il est devenu aujourd’hui. Peut-être arriverai-je à vous convaincre de ne pas jeter le bébé avec l’eau du bain ! 

    Le premier temps de ma démonstration revient sur le fait que le tarot est un simple jeu de cartes. C’est vrai. C’est parfaitement vrai, tout comme il est vrai que les runes sont de simples pierres gravées, les ogham sont des morceaux de bois taillés, les charms sont des petits objets faits de métal ou de plastique, les pendules de simples poids qui pendent au bout d’une ficelle. La divination ne s’embarrasse pas l’usage premier des choses, ni de leur valeur ! Et c’est d’ailleurs cet usage d’objets du quotidien (j’aurais pu évoquer les miroirs, les bassines remplies d’eau, les gouttes d’encre, les dés, les parfums, les livres employés en bibliomancie…) qui a permis un usage populaire de ces techniques de divination et leur transmission jusqu’à nous. Donc en soi, le fait que le tarot soit à l’origine un simple jeu de cartes ne me paraît pas discréditer son usage divinatoire (ou en tout cas, plus que n’importe quel autre objet utilisé à des fins de prescience). D’ailleurs, si cela devait être le cas, est-ce que cela ne discréditerait pas aussi son usage psychologique ? Après tout, s’agissant d’un simple jeu de carte, créé bien avant les premières publications sur la psychanalyse ou la psychologie, on peut tout aussi bien interroger l’adéquation outil / pratique de l’approche psychologique du tarot (c’est, d’ailleurs, ce que font de nombreux psychiatres ou psychologues aujourd’hui).

    Le second temps de mon raisonnement repose sur une affirmation simple dans laquelle je pense que nous pourrons tous nous retrouver : le tarot d’aujourd’hui n’est pas le tarot d’hier, et ce qui était peut-être à la base une élucubration d’auteurs est devenu, depuis, une inspiration, une influence qui a nourri tant l’interprétation “classique” des cartes que leur design.

    La plupart d’entre nous utilisons aujourd’hui le tarot Rider Waite Smith pour effectuer des tirages psychologiques ou divinatoires. C’est d’ailleurs le tarot privilégié pour les usages psychologiques, puisqu’il est entièrement illustré de scénettes de la vie quotidienne, bien plus faciles à lire et à appréhender pour un consultant qu’un tarot “pipé” comme celui de Marseille par exemple. Or, ce tarot s’éloigne sensiblement du tarot originel, parce qu’il a été façonné par des occultistes, sur la base des travaux d’autres occultistes, ce qui en a modifié profondément le sens, la structure, l’intitulé des cartes ou encore l’usage. 

    Deux illustrations sous forme de questions pour vous en convaincre : la première, savez-vous pourquoi Arthur Edward Waite a créé “son” tarot avec Pamela Colman-Smith ? Il aurait pu se contenter de reprendre le tarot italien ou le tarot que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de tarot de Marseille. La réponse est simple : chaque membre de la Golden Dawn devait, dans le cadre de son chemin d’éveil spirituel, produire son propre jeu de tarot pour démontrer qu’il était capable de s’approprier, dans cet objet, tous les symboles initiatiques étudiés au sein de la Golden Dawn. Ils étaient ainsi tous appelés à créer un objet occulte par nature, par la conjonction des symboles ésotériques issus de différentes traditions initiatiques. C’est exactement ce qui a conduit Arthur Edward Waite à solliciter l’aide de Pamela Colman-Smith (tous deux membres de l’Hermétic Order of the Golden Dawn) pour créer ensemble un jeu de tarot dont l’originalité est que, même s’il concentre tous les symboles ésotériques étudiés par la Golden Dawn, il allie l’hermétisme symbolique à une apparente simplicité de lecture qui fait la part belle à l’intuition.

    La seconde, savez-vous pourquoi un tarot de type Rider Waite Smith inverse les numéros des cartes de la Justice et de la Force ? Emmanuelle Iger le raconte très simplement dans son livre “Lire le tarot avec le Rider-Waite” (éditions Trajectoire). Alors qu’Eliphas Lévi, célèbre occultiste français, avait esquissé d’une part une correspondance entre toutes les traditions ésotériques et, d’autre part, une correspondance entre les 22 lames du tarot et les 22 lettres de l’alphabet hébraïque, l’Hermétic Order of the Golden Dawn a affiné son travail pour faire correspondre en tous points les arcanes du tarot avec des systèmes aux structures et origines variées (astrologie, alchimie, kabbale, magie…). Emmanuelle raconte ainsi qu’ “un point de leur travail a des répercussions importantes sur la pratique moderne : la numérotation des arcanes. L’astrologie fait partie de la somme des disciplines initiatiques. On a déjà une correspondance entre les 22 lettres hébraïques et la somme des 12 signes du zodiaque, des 7 planètes traditionnelles et de 3 éléments primitifs. La Golden Dawn considère que c’est le Mat qui ouvre le bal : c’est donc à lui qu’ils assigneront la première lettre de l’alphabet hébraïque, plutôt qu’au Bateleur comme chez Lévi. Du coup, tout se décale. Mais le puzzle ne se met que mieux en place : la correspondance qui se créé alors entre les lames et les éléments de l’astrologie est du coup quasi parfaite… sauf que la position traditionnelle de la Justice en 8 la fait correspondre à la lettre qui correspond au Lion, alors que la Force en onzième position correspond à la lettre qui correspond à la Balance. Comme les deux cartes arborent, bien visibles, l’une une balance et l’autre un lion, c’est gênant. Il suffit d’inverser les deux positions pour que tout se tienne enfin”.

    Ainsi, vous constaterez que si, à l’origine, l’objet dénommé “tarot” n’était qu’un simple jeu de cartes, le tarot RWS que la plupart d’entre nous utilisons aujourd’hui est le fruit de nombreux travaux occultes. Il répond, dès sa création, à des codes particuliers, assure des correspondances entre plusieurs systèmes hermétiques et témoigne de la compréhension et de la maîtrise des systèmes occultes de ses auteurs. Peut-on encore le réduire à un simple jeu de cartes ?

    Mon sentiment, c’est que l’usage du tarot évolue avec le temps, et l’objet est modifié en conséquence de ce changement d’usage. Après avoir été nourri par les praticiens des sciences occultes, le tarot poursuit son chemin et se retrouve aujourd’hui alimenté par les sciences humaines. Tout comme Court de Gébelin ignorait son origine historique pour lui appliquer un sens et une histoire qui convenait à son récit, on ignore aujourd’hui la lecture occulte du tarot pour privilégier une analyse que l’on considère plus scientifique et rationnelle des symboles qui le composent. C’est un mouvement intéressant et amusant à observer !

    Il n’empêche que si, à l’origine, le tarot était un simple jeu de cartes, le tarot que la plupart d’entre nous utilisons aujourd’hui est avant tout un objet façonné par une société secrète anglaise au début du 20e siècle. Est-ce que cela discrédite par nature son usage psychologique ? Je ne le crois pas, je pense que l’objet est suffisamment “ouvert” pour que son usage s’adapte à nos pratiques modernes. Mais il est clair aussi que son usage moderne ne doit pas écarter tout le processus de construction ésotérique et l’aura mystique qui a permis d’amener cet objet jusqu’à nous aujourd’hui.

    3. Le tarot psychologique est plus sérieux et rationnel parce qu’il est notamment fondé sur les travaux de Carl Gustav Jung

    C’est un argument que j’ai très souvent entendu ! “Je fais du tarot psychologique, c’est une méthode d’interprétation fondée sur les travaux de Jung, notamment sur les archétypes”, sous-entendu “c’est plus objectif et sérieux que le tarot divinatoire”.

    A cela je réponds deux chose : la première, c’est que la personnalité et les travaux de Carl Gustav Jung ont été beaucoup critiqués parce que regardés par ses confrères comme mystiques et ésotériques (ce qui est amusant quand on les utilise justement se distinguer d’une pratique ésotérique !) ; la seconde, c’est que les apports des travaux de Jung se retrouvent aussi dans la pratique moderne de la divination, qui intègre aussi bien l’idée d’inconscient collectif que celles d’archétypes ou de synchronicités que nous lui devons. C’est ainsi un argument qui devient finalement neutre sur le fond, puisque la contribution de Carl Gustav Jung à la psychologie transactionnelle nourrit désormais toutes les pratiques liées au tarot.

    Revenons d’abord sur la manière dont les travaux de Carl Gustav Jung ont été reçus par la communauté scientifique, en s’appuyant sur l’excellent et très abordable ouvrage de Frédéric Lenoir : “Jung, un voyage vers soi” (le livre de poche) dont je ne peux que vous conseiller la lecture. Peut-être savez-vous que Jung vient d’une famille marquée par la religion d’une part (son père, Paul, est pasteur puis aumônier, et 8 de ses oncles sont aussi pasteurs) et le mysticisme d’autre part (son grand-père converse avec sa femme décédée, sa grand-mère a des dons divinatoires, tire les cartes et communique avec les défunts, ses cousines Louise et Hélène sont médiums et l’initient au spiritisme, sa mère et sa soeur se révèlent également médiums). Ce contexte familial, mélangé à un goût prononcé pour la nature et une sensibilité forte pour le vivant, lui a permis de développer une vision singulière du monde, qui se retrouve dans ses travaux. Par exemple, saviez-vous que sa thèse de doctorat porte sur… Le spiritisme ? Ce sont en effet ses recherches sur le sujet qui l’ont conduit à orienter ses études de médecine vers la psychiatrie et à soutenir en 1902, à l’âge de 27 ans, une thèse intitulée “De la psychologie et de la pathologie des phénomènes dits occultes” (bon, je vous rassure, il reste quand même ancré dans son temps, puisque, sans se prononcer sur le caractère réel ou illusoire du dialogue avec les morts, il va considérer – en ligne avec les études médicales de l’époque – que les médiums, telle sa cousine Helly qu’il a soigneusement observée, ont une personnalité hystérique).

    Sans revenir sur l’intégralité de sa vie, à partir de 1906, Jung entretiendra une relation épistolaire avec Sigmund Freud (360 lettres échangées en 8 ans) dont il soutient les thèses. Ils se rencontrent en 1907 à Vienne et cela créé une émulation intellectuelle importante entre les deux hommes, dont la relation va évoluer vers un rapport père-fils qui conduira même Freud à voir en Jung son “dauphin”. Cette lune de miel durera deux ans, avant que tensions et divergences n’apparaissent, d’abord sur la théorie sexuelle (et l’idée de refoulement), ensuite sur l’inconscient personnel (qui conduira Jung à théoriser “l’inconscient collectif”), enfin sur le rapport à la spiritualité et aux phénomènes paranormaux.

    Jung a toujours porté de l’intérêt à ces phénomènes inexpliqués, mais Freud met régulièrement en garde son collègue contre cet attrait qu’il juge déraisonnable et dangereux pour sa réputation : « Je sais que vous vous laissez aller à votre penchant très profond pour l’étude de l’occultisme, et je ne doute pas que vous en reveniez avec une riche cargaison. On ne peut rien là contre et chacun a raison d’obéir à l’enchaînement de ses impulsions. Votre renommée acquise à travers vos travaux sur la démence résistera longtemps à l’accusation de “mystique”. Mais ne restez pas là-bas dans les luxuriantes colonies tropicales ; il faut régner à la maison. » Lors d’un échange postérieur, Freud s’est dit prêt à écouter la théorie de Jung sur un événement inexpliqué en précisant que son intérêt “sera celui que l’on a pour une douce illusion que l’on ne partage pas”. Jung ne va jamais renoncer à sa liberté de penser et à la défense de ses idées, cela va conduire à une véritable rupture entre les deux hommes au printemps 1914, Jung se tournant désormais vers ce qu’il nomme la “psychologie analytique”. 

    Par la suite, il sera fortement influencé dans ses travaux et recherches par l’orientalisme d’une part, et l’alchimie d’autre part, qui vont nourrir ses réflexions sur la place de la religion et du sacré, alimentant davantage encore les critiques des freudiens (et, en France, des lacaniens) qui n’ont jamais pardonné à Jung sa rupture brutale avec Freud. Comme le rappelle Frédéric Lenoir, “on ne compte plus les ouvrages ou les articles issus du mouvement freudien qui cherchent à discréditer le sérieux du travail de Jung, depuis Karl Abraham qui dénonce “la teinte religieuse” et “l’arrière-plan mystique” de la pensée jungienne, jusqu’à Dominique Bourdin qui affirme que Jung “a délibérément quitté le terrain des sciences humaines et de la pensée rationnelle”.

    Bien sûr, mon propos n’est pas, ici, de discréditer Carl Gustav Jung ou ses travaux qui ont été essentiels dans la construction de la psychanalyse, loin de là ! Mais avouez que citer ses travaux pour se détacher de l’occultisme, alors que c’est justement son goût pour l’occultisme qui a nourri ses travaux et lui a permis de faire évoluer notre compréhension de la psychée humaine, c’est savoureux !

    Sur le fond de ses apports, et ce sera mon second point, les découvertes fondamentales qu’il a pu faire ont révolutionné la manière dont nous appréhendons la psychologie. Comme le rappelle Frédéric Lenoir, “il a redéfini la notion freudienne de libido, en la comprenant comme élan vital plus que comme pulsion sexuelle, et celle d’inconscient, en en découvrant les propriétés créatrices et en ajoutant à l’inconscient personnel la notion d’inconscient collectif, qui nous relie à nos ancêtres et aux symboles de notre culture. Il a étudié les mythes et les symboles universels et développé la notion d’archétype, comme image primordiale inscrite dans l’inconscient humain. Il a élaboré la théorie de la synchronicité, qui montre que deux événements peuvent être reliés entre eux non pas de manière causale, mais par le sens, ce qui postule qu’il existe une dimension du réel qui échappe encore à notre connaissance scientifique. Il a montré que le dialogue du conscient et de l’inconscient (notamment à travers l’analyse de nos rêves et des synchronicités de nos vies, notre imagination active, la création artistique) favorise l’accès à une connaissance de nous-mêmes qui nous permet de nous « individuer », c’est-à-dire de devenir pleinement nous-mêmes et de réaliser ce que les hindous appellent « le Soi », la totalité de l’être. Le processus d’individuation permet de démasquer l’image fausse de nous-mêmes que nous souhaitons donner aux autres (la persona), d’intégrer notre part masculine (animus, pour les femmes) et notre part féminine (anima, pour les hommes), de traverser notre ombre, c’est-à-dire la part obscure et refoulée de nous-mêmes et de réconcilier nos polarités. Il s’agit donc d’une expérience intérieure, une alchimie de l’être, qui revêt un caractère éminemment spirituel.”

    Ses théories, nous les connaissons tou-te-s aujourd’hui, évidemment pas d’un point de vue technique ou clinique, mais elles ont clairement nourri la représentation que l’on se fait du fonctionnement de l’esprit humain, de notre rapport au monde, à notre environnement, à nos sociétés.

    Ainsi, aujourd’hui, même les taromancien, versés dans la lecture divinatoire du tarot, manient ces principes de fonctionnement de la psychée, et c’est d’ailleurs ce que l’on reproche à ceux que l’on considère comme des menteurs ou des arnaqueurs, le fait de trop bien manier le fonctionnement de l’esprit humain pour s’employer à instaurer une relation d’emprise.

    Au gré de mes lectures, j’ai trouvé une citation de Corienne Morel qui exprime, mieux que je ne saurais le faire, mon opinion sur le sujet. Dans son livre « Le tarot psychologique, un formidable outil de connaissance de soi et de l’autre », elle écrit, dès l’introduction de son ouvrage : « Le tarot, classé hâtivement dans les arts occultes, ne fait pas bon ménage croit-on avec la psychologie qui se revendique d’une rationalité irréprochable. Pour ma part, je ne suis ni certaine de l’irrationalité farouche du tarot, ni certaine de la rationalité rassurante de la psychologie. J’ai une approche rationnelle du tarot, considérant que les significations des lames ne sont pas arbitraires mais sont contenues en elles-mêmes et codifiées selon une clef symbolique universelle. Quant à la psychologie, s’agissant d’une discipline interprétative, elle laisse place à la subjectivité et possède, au final, sa part d’irrationalité. »

    Mic drop !

    4. La prédiction d’événements est impossible et ceux qui prétendent le faire sont des bonimenteurs

    Là, on rentre dans le dur de la discussion mais aussi dans la partie la plus intéressante de cet article, où le débat peut vite tourner à la confrontation de croyances ! Pour traiter efficacement cette partie de notre discussion, et remettre un peu de science dans le propos, je vais m’appuyer sur le très intéressant ouvrage du neuroscientifique Siddharth Ramakrishnan intitulé “The Neuroscience of tarot – from imagery to intuition to prediction” (Llewellyn books, paru en fin d’année 2024 et pas encore traduit en français).

    Dans ce livre, qui croise exposés théoriques, imageries du cerveau et exercices pratiques, Siddhart Ramakrishnan a souhaité analyser ce qui se passe, dans nos cerveaux, lorsque nous regardons une carte de tarot et disséquer le processus divinatoire : comment faisons-nous des liens entre les symboles et la signification d’un tirage, pourquoi associons-nous des dessins ou des mots avec des images, des sons, des émotions, comment arrivons nous à faire des prédictions et comment tout cela apparaît sur de l’imagerie médicale ?

    Je vous fais grâce, ici, des représentations graphiques du cerveau présentes tout au long du livre et de leur description. Je vais me concentrer sur le raisonnement suivi et l’examen de certaines parties du livre que je ne vais pas restituer dans son intégralité, je vous renvoie à sa lecture pour plus de détails.

    Dans son ouvrage, l’auteur s’intéresse tout d’abord à ce qui se passe dans notre cerveau lorsque nous regardons une image : il analyse les différents facteurs qui font que cette image prend une signification plutôt qu’une autre dans notre esprit, et évoque la capacité de visualisation, la contextualisation, les associations d’idées, le potentiel métaphorique, l’état émotionnel passé ou présent… Autant de paramètres qui s’imbriquent pour fabriquer le sens d’une image.

    Il aborde ensuite le fait que nous mobilisons tous, quotidiennement, notre intuition. Pour l’auteur, l’intuition, c’est le fait de prendre une décision basée sur une information issue de notre inconscient (ou, dit autrement, lorsqu’on prend une décision alors que notre cerveau conscient ne dispose pas des informations nécessaires pour le faire, vous savez, ces décisions que l’on prend sans pouvoir vraiment expliquer pourquoi). Il relie cela à la théorie de l’évolution et au fait que nos ancêtres devaient prendre des décisions vitales en quelques millisecondes, et considère que nous le faisons tous selon des mécanismes développés dès l’enfance (et visible sur l’imagerie médicale, plutôt au cœur de notre cerveau).

    La suite de l’ouvrage est consacrée aux émotions et à l’intéroception (la perception des sensations corporelles et de l’état interne du corps). L’auteur rappelle ainsi que nous sommes des êtres complets, et qu’on ne peut écarter nos émotions et l’influence qu’elles ont sur nos interprétations des messages symboliques. Il explique ainsi comment notre état corporel, nos sensations, notre niveau d’énergie et nos ressentis influent sur notre interprétation d’un tirage de cartes, créant une réponse émotionnelle que le cerveau devra apprendre à décoder (sensation => conceptualisation => verbalisation => visualisation). Sur ce fondement, l’auteur incite à comprendre ses réponses émotionnelles, à comprendre celles des autres. Il invite chaque tarologue à ne pas rester “dans sa tête” lors d’un tirage et à analyser ses sensations et ressentis physique pour apprendre à les identifier et à les interpréter, cela permettra aussi de maintenir une relative neutralité durant la lecture.

    L’auteur aborde ensuite la partie transactionnelle de la relation entre le consultant et le tarologue, et développe les notions d’empathie et de “cognition sociale” (comment nous réagissons aux autres et aux interactions sociales). L’auteur explore ainsi la manière dont, lors d’un tirage, le tarologue est attentif aux à l’attitude du consultant (langage corporel, ton de voix, expressions…) et le consultant explore, lui-même, ses propres représentations et images mentales lors du tirage.

    Enfin, l’auteur aborde la question (centrale pour nous aujourd’hui) de la prédiction et de la neuroprévision, et j’ai été bluffé par cette partie du livre. Pendant tout ce développement, l’auteur s’attache à démontrer comment l’anticipation des événements fait partie intégrante de nos vies et comment nos cerveaux sont, par nature, des organes prédictifs qui passent leur temps à anticiper ce qui se passera ensuite (aucune surprise, donc, à ce que nous soyons tou-te-s tenté-e-s par la divination !).

    L’auteur évoque tout d’abord l’anticipation et les attentes (“expectations”) comme un mode de fonctionnement courant de notre cerveau. Pour l’illustrer, il donne plusieurs exemples, mais le plus simple et le plus éloquent est le suivant : si je vous dis rose, épine, rose, épine, rose, votre cerveau est déjà en train de penser “épine”. Ce mécanisme d’anticipation est nourri par tous nos sens (ce que l’on sent, ce que l’on voit, ce que l’on entend, etc) et par nos expériences, ce qui conduit notre cerveau à constamment chercher à anticiper et prédire ce qui se passera après : la clochette qui tinte à la porte du café, le chien qui aboie toujours lorsqu’on passe près de tel jardin, les mouvements à faire pour monter un escalier, la trajectoire de vol d’une mouche, le café brûlant… Notre cerveau anticipe toutes ces situations que nous rencontrons au quotidien. Et comme notre monde n’est pas statique, Siddharth Ramakrishnan explique que notre cerveau réévalue en permanence ses attentes, ses anticipations et ses prédictions au gré de nos expériences. “En tant qu’adultes, nous avons accumulé toute une vie d’expériences et de bagages, à la fois émotionnels et physiques. Cela nous a permis de comprendre comment se déroulent les différentes situations, comment lire les gens et comment percevoir les situations. Ces millions de cas de choix, d’idées, de croyances et de résultats ont calibré la manière dont nous anticipons les événements ou le déroulement de différentes situations”.

    Et un tirage de tarot n’échappe pas à ce mécanisme. L’auteur indique ainsi que “Les fils narratifs, les étapes suivantes et les résultats possibles attendus commencent à se dessiner dès le moment où la question est posée, et parfois même avant, en observant simplement quelqu’un, en remarquant son ton ou son langage. Si ces attentes peuvent parfois vous mener sur la mauvaise voie, il arrive souvent que vous soyez dans le vrai, grâce à vos expériences passées et au recalibrage constant de vos attentes au fil du temps. Même si vous n’utilisez pas la divination comme moyen de prédiction, vous délibérez sur des choix, vous envisagez des résultats et vous envisagez des possibilités futures.

    AInsi, que l’on parle de tarot divinatoire ou de tarot psychologique, nos lectures ont toutes une part d’anticipation et de prévision des évènements à venir, et de leur réaction à nos comportements. Bon, je vous entends déjà, vous allez me dire d’accord, nos cerveaux anticipent pas mal de chose, mais peut-on oui ou non prédire l’avenir ?

    Siddharth Ramakrishnan commence sa réponse en rappelant que “les prévisions à long terme font partie de la vie de chacun ! Nous nous préparons à l’avenir. Nous imaginons certaines vies pour nous-mêmes et planifions ensuite certaines choses, le raisonnement logique établissant un logigramme selon lequel si nous faisons A, B et C, nous obtiendrons le résultat D. Et ensuite, nous suivons cette voie. La planification à long terme fait donc également partie de notre cerveau”. L’auteur rappelle ainsi que les scientifiques commencent à étudier très sérieusement la question, avec plusieurs études menées ces dernières années et d’autres toujours en cours, qui tendent à démontrer qu’un groupe d’individu, disposant d’une quantité d’information très limitée, est capable de prédire l’issue d’un événement, y compris lorsque cette issue n’est pas le choix qu’ils auraient eux-mêmes opéré, simplement en se basant sur une activité “inconsciente”.

    Ainsi, notre cerveau anticipe et élabore des prévisions, y compris à long terme. Mais encore une fois, peut-on vraiment voir l’avenir, au moyen notamment de la précognition, c’est-à-dire la capacité de donner des informations à propos d’un futur événement que nous n’avons aucun moyen de connaître ou de provoquer ?

    Ici, la communauté scientifique est plus sceptique et les expériences scientifiques menées jusqu’à présent sont sujettes à caution, en raison du biais selon que leur auteur croit ou non la précognition possible. Ainsi, à ce stade, l’auteur ne cite pas d’étude attestant d’une possibilité de prédire l’avenir de manière certaine, et pour cause : il explique que la précognition implique de se détacher des lois fondamentales de la physique et de la thermodynamique pour explorer la théorie des effets rétro-causaux où l’avenir peut influencer le passé.

    Ainsi, pour étudier la précognition, il faudrait explorer la mécanique quantique : “La mécanique quantique permet des phénomènes tels que la superposition et l’enchevêtrement, qui peuvent fonctionner à l’échelle des atomes et des particules subatomiques. Bien que l’échelle du cerveau soit assez grande, à la base, votre cerveau n’est qu’un assemblage de neurones, et ces neurones eux-mêmes ne sont qu’un conglomérat de canaux protéiques, de graisses (lipides) et de mouvements ioniques. Au lieu d’examiner le cerveau comme une entité physique, si nous commençons à le considérer comme un générateur d’ondes électromagnétiques, nous pourrions peut-être mieux envisager la conscience et la façon dont nous percevons les « ondes des autres » ou même les « ondes de l’univers ». En effet, cette transcendance de l’individu à la « fusion » avec l’énergie universelle a été évoquée par des mystiques de différentes religions ainsi que par des patients victimes d’accidents vasculaires cérébraux, où le fossé entre le plan physique et les formes discrètes s’estompe pour se fondre dans une conscience plus vaste. À l’heure actuelle, nous ne disposons pas des outils ou des capacités nécessaires pour étudier ces idées.”

    Alors, ça s’arrête là ? Pas de précognition possible ? Evidemment, ce n’est pas si simple ! L’auteur conclut son chapitre en expliquant que la science évolue chaque jour, repoussant les frontières techniques de l’imagerie cérébrale et de l’imagerie simultanée, ouvrant la possibilité pour des champs de recherche nouveaux qui, il y a encore quelques années, ne pouvaient être envisagés. En outre, l’auteur précise que la communauté scientifique évolue elle aussi, et que des sujets relevant de pratiques ésotériques qui étaient jusqu’alors écartés par nature font désormais l’objet d’études sérieuses, comme c’est le cas par exemple de la méditation de pleine conscience.

    Il rappelle que les questions que l’on peut avoir sur le fonctionnement de nos cerveaux sont limitées par la technologie, par nos propres sens (ouïe, vue, toucher, goût, odorat), et par le fait que le principal moyen d’étudier notre cerveau c’est… notre cerveau lui-même, ce qui implique de développer de nouvelles approches et technologies pour observer ses mécanismes aux mieux.

    L’auteur conclut son propos en précisant qu’ “En abordant ces sujets, je me dois d’ajouter qu’il existe des charlatans et des praticiens de mauvaise foi dans le domaine de la divination, et qu’ils ont la capacité de causer beaucoup de tort. À bien des égards, la science a servi d’instrument pour démystifier bon nombre de ces mauvais éléments. À l’avenir, la science pourra peut-être devenir l’outil qui permettra d’observer certains de ces processus de divination et de nous aider à mieux les comprendre.”

    5. Conclusion :

    J’espère que vous aurez pris plaisir à lire les bien trop longues divagations qui constituent cette chronique qui ne reflète évidemment que ma vision personnelle des choses et demeure donc subjective, que cela vous aura donné matière à réfléchir sur le tarot divinatoire et vous permettra désormais de considérer plus favorablement sa pratique lorsqu’elle est menée avec éthique, dans le seul objectif d’encapaciter le consultant.

    Si vous lisez l’anglais, je vous invite à acquérir l’ouvrage de Siddharth Ramakrishnan dont j’ai très fortement synthétisé le propos ici, qui a le mérite de rendre clair et lisible, pour n’importe quel débutant, des questions qui sont éminemment techniques, et de les croiser avec la pratique du tarot ce qui n’est évidemment pas commun. Ce que j’ai aimé, c’est qu’il a intégré de nombreuses références à des études scientifiques en notes de bas de pages, et que chaque développement s’accompagne d’exercices pratiques pour expérimenter les différents aspects du fonctionnement de notre cerveau décrits dans le livre. Très sympa à faire et à découvrir !

    J’ai bien envie, pour les prochaines chroniques, d’explorer d’autres aspects de la pratique du tarot qui sont peu relayés aujourd’hui sur les réseaux, comme l’usage énergétique des cartes et la purification, les rituels et méthodes de maniement des cartes, l’usage du tarot en magie / sorcellerie… Est-ce que cela vous intéresserait ? J’ai aussi en tête quelques développements sur des tips de lecture du tarot que je souhaite vous partager.

    Merci de m’avoir lu et à bientôt !

    Gregory, aka @lesvoiesdufou 

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  • L’IA, une aide précieuse pour l’apprentissage du tarot

    L’IA, une aide précieuse pour l’apprentissage du tarot

    16–24 minutes

    Bonjour à toutes et à tous !

    J’espère vous trouver en forme, en cette période où “y’a plus d’saison ma bonne dame” ! C’est le cerveau embrumé par une énorme crève que j’ai trouvé l’idée de l’article du mois qui, je l’espère, vous sera utile, puisqu’on va parler de ChatGPT (OpenAI), et de la manière dont cette intelligence artificielle conversationnelle peut nous aider dans l’apprentissage du tarot, notamment en rompant l’isolement du pratiquant débutant et la solitude que l’on peut parfois ressentir face à un tirage de carte.

    Je dois vous avouer que, avant cette semaine, je n’avais jamais utilisé ChatGPT, et que c’est à l’occasion d’une formation professionnelle sur le sujet que j’ai vu le potentiel incroyable de l’outil lorsque je l’ai expérimenté (je me sens vieux et tellement à la ramasse ^^). Ainsi, cet article est fondé sur un usage gratuit de ChatGPT (moyennant la simple création d’un compte) sur une période de quelques jours seulement, mais avec déjà des perspectives d’utilisation hyper riches !

    Avant d’entrer plus avant dans le sujet, je précise que j’ai bien conscience de la sensibilité du sujet de l’IA au sein de la communauté tarologique, qui doit interroger chacun-e d’entre nous sur le respect du droit de propriété intellectuelle d’une part, et sur le sens de notre action lorsqu’elle se limiter à créer du contenu sans aucun apport personnel d’autre part, simplement pour contenter un algorithme via la publication effrénée de posts qu’on serait bien incapables d’écrire sans IA et qui ne comprennent aucune analyse critique du contenu. Mais ce n’est pas le cœur de cet article !

    1. Alors, quelle aide pouvons-nous trouver auprès de ChatGPT lorsqu’on apprend le tarot ?

    Hé bien je lui ai posé directement la question, et voici sa réponse : 

    Mon aide dans l’apprentissage du tarot peut se décliner en plusieurs axes :

    1. Compréhension des cartes

    Je peux expliquer la signification des 78 cartes du Tarot Rider-Waite-Smith, y compris les arcanes majeurs et mineurs, en détaillant :  

    • Les symboles clés.  
    • Les significations traditionnelles (à l’endroit et à l’envers).  
    • Les interprétations possibles en fonction du contexte (amour, travail, développement personnel).  

    2. Exercices pratiques

    Je propose des exercices pour mémoriser les cartes et développer l’intuition, comme :  

    • Tirages guidés (tirage en croix, à trois cartes, etc.).  
    • Scénarios imaginaires pour interpréter des tirages.  
    • Jeux de questions/réponses sur les cartes et leurs significations.  

    3. Analyse des tirages 

    Pour ceux qui pratiquent, je peux :  

    • Aider à interpréter les tirages en fonction des cartes tirées.  
    • Offrir plusieurs angles d’interprétation pour affiner la lecture.  
    • Proposer des questions à poser en fonction du tirage pour explorer des thèmes profonds.  

    4. Développement intuitif

    Je peux guider sur l’utilisation de l’intuition, en suggérant des façons de relier les cartes à des expériences personnelles ou des émotions pour enrichir la lecture. 

    5. Retour réflexif

    Après un tirage, je peux proposer une analyse rétrospective pour mieux comprendre les enseignements du tirage et les leçons à en tirer.  

    Cette approche rend l’apprentissage du tarot plus interactif et engageant, tout en renforçant la confiance en ses propres capacités d’interprétation.”

    Cette réponse est déjà hyper intéressante ! Cela signifie que, lorsque l’on doute sur l’interprétation d’un tirage, ou qu’on ne comprend pas le sens d’une carte, qu’elle manque de concret, on peut interroger ChatGPT, mais qu’en plus, si on veut expérimenter les tirages de cartes, il peut nous accompagner dans cet exercice en générant un cas, en définissant des emplacements…

    2. Et… c’est tout ?

    J’étais impressionné par la variété d’actions possibles, mais il me manquait quand même quelques petites choses… Quid des auteurs classiques ? Des références à lire ? et quid des autres systèmes de tarot ? D’ailleurs, il y a d’autres usages du tarot, ChatGPT peut-il par exemple aider au tarot créatif ? Alors je l’ai interrogé à nouveau !

    D’abord, sur sa capacité à accompagner un débutant dans la recherche d’ouvrages de référence (en francais !) : j’ai eu une liste hyper intéressante de 5 ouvrages allant du “tarot divinatoire” de Papus au “tarot intuitif” de Cécile Camilli, avec pour chacun un résumé des apports intéressants pour l’apprentissage du tarot. ChatGPT m’a proposé des ouvrages tant sur le RWS que sur le Marseille, et m’a même demandé si j’étais intéressé par une liste actualisée d’ouvrages… Evidemment, j’ai dit oui, et là il m’a cité “Le tarot journaling” (Cartomancie Dusserre, novembre 2024 = on ne peut pas faire plus récent !), le “tarot Rider-Waite” d’Emmanuelle Iger (Editions trajectoires) et “le Tarot Rider Waite Smith” de Caroline Drogo, précisant pour chacun leurs apports utiles.

    J’ai aussi essayé de le lancer sur des sujets plus spécifiques et moins exploités en ce moment sur les réseaux sociaux (par exemple l’approche ésotérique du tarot, ou bien encore l’approche initiatique) et j’ai encore eu de très bons résultats de recherche, avec des références d’ouvrages, mais aussi des liens vers des sites internet qui évoquent le symbolisme ésotérique par exemple. Ce qui est cool, c’est que pour chacune de ces références, il est possible d’interroger plus avant ChatGPT et de discuter avec lui. On voit que l’IA a été bien alimentée et entraînée sur le tarot RWS, parce qu’elle a énormément de références utiles !

    Ensuite, je l’ai interrogé sur sa connaissance du tarot de Thoth et du Marseille, et sa réponse est hyper intéressante : “Je connais bien les bases du Tarot de Marseille et du Tarot de Thoth, mais je suis plus spécialisé dans le Rider-Waite-Smith (RWS). […] Je peux offrir des informations générales et guider l’interprétation des deux systèmes, mais mon expertise est plus développée pour le RWS. Si tu veux des détails plus poussés sur le Marseille ou le Thoth, je peux aussi t’aider à trouver des ressources ou des analyses spécifiques !”. C’est pas trop cool ?! C’est comme si on pouvait vraiment discuter avec quelqu’un qui pratique le tarot depuis longtemps et qui avait regardé un peu d’autres systèmes pour sa culture générale !

    La dernière question que je voulais poser ici pour explorer le champ d’action potentiel de l’IA dans la pratique du tarot, c’est de savoir si ChatGPT pouvait me donner des exemples de “tarot créatif” pour enrichir mes projets, et sa réponse est aussi très claire et assez complète, puisqu’il m’a parlé d’écriture créative, de développement de personnages, d’arts visuels, de musique et de danse, et enfin de développement personnel et de journal créatif, avec pour chacune de ces catégorie, un court descriptif et un exemple concret.

    Comme j’avais envie de le titiller, je lui ai demandé comment il structurait un journal créatif autour du tarot, par quoi il commencerait, ce qu’il faudrait mettre dedans…Et là, il m’a fait un programme en 6 points pour un journal créatif de qualité, avec 1. la définition de l’objectif du journal créatif, 2. la réalisation de tirages réguliers, 3. la structuration du journal, 4. les éléments créatifs à incorporer, 5. l’exploration des symboles ésotériques, 6. réflexion et intégration (et, évidemment, pour chaque point il fournit un résumé des sujets à aborder, des techniques artistiques que l’on peut employer, des structures que l’on peut adopter… c’est bluffant !). Il conclut en indiquant que “Ton journal créatif autour du tarot devient un espace personnel, un miroir de ton évolution et un terrain de jeu pour ton intuition. Si tu cherches des ressources supplémentaires, des ouvrages comme « Le Tarot Intuitif » de Cécile Camilli ou « Le Tarot de Marseille » de Jean-Michel David peuvent t’aider à développer davantage cette approche créative et ésotérique du tarot”.

    Dingue, non ?!

    3. Bon, et concrètement, il tire les cartes ?

    Hé bien… oui ! Lorsqu’on lui demande, c’est pas moins d’une dizaine de tirages qui sont évoqués par ChatGPT comme pouvant être réalisés ! Ils vont du tirage à une carte au tirage des éléments, en passant par le tirage en éventail, le tirage du chemin de vie, la croix celtique… En clair, tous les tirages que l’on peut trouver dans des ouvrages généralistes sur le tarot !

    Comme je suis relou, je lui ai demandé de me tirer 3 cartes pour définir ma journée, il a donc défini 3 emplacements (carte 1 : l’énergie principale de la journée, carte 2 : les défis ou opportunités à venir, carte 3 : une leçon ou un conseil pour toi aujourd’hui) et m’a tiré les cartes ! J’ai donc eu le Soleil (droit), le 2 de Bâtons (droit) et la Justice (droit), avec pour chaque carte, une “signification” en trois lignes et une “interprétation globale” pour définir ma journée. Je vous mets cette dernière ici : “Ta journée semble prometteuse avec une énergie globalement positive (**Le Soleil**), mais elle pourrait inclure un moment de réflexion stratégique (**Deux de Bâtons**) où tu pèses tes options pour avancer. La **Justice** te rappelle d’agir avec équité et de suivre tes principes, ce qui pourrait être clé pour conclure ta journée sur une note harmonieuse”. Pas mal non ?

    A noter : j’adore qu’il précise que les cartes sont tirées “droites”, cela signifie qu’il peut aussi les lire renversées et ça c’est très cool. Je trouve aussi intéressant qu’il détaille, pour chaque carte, une signification possible, avant de faire une synthèse globale. Comme vous le voyez, c’est un peu mécanique comme lecture et pas aussi fluide que si un humain lisait les cartes, mais ChatGPT demande quand même “Est-ce que cela résonne avec toi ? Souhaites-tu approfondir un aspect ou explorer un autre tirage ?” et vous pouvez aller beaucoup plus loin avec lui !

    Il ne m’en fallait pas plus ! Je voulais voir s’il pouvait sortir des structures annoncées, alors j’ai d’abord demandé qu’il me fasse un tirage rapide en deux cartes : la première, pour la problématique principale, la seconde, pour le conseil ou la solution à mettre en œuvre. Il l’a réalisé tout de suite, sans difficulté !

    J’ai ensuite voulu savoir si je pouvais le pousser vers des tirages non listés dans sa réponse initiale : du coup, j’ai pris une carte au hasard dans les 78 tirages d’Emmanuelle Iger, et je lui ai demandé s’il connaissait ce tirage. J’ai tiré le “tirage tzigane”, et il m’a immédiatement décrit le tirage, sa structure, son but et son utilisation. Je lui ai demandé s’il pouvait réaliser ce tirage pour moi, et il m’a répondu que oui, tout en précisant qu’il n’a pas accès à un jeu de cartes “physique” et qu’il me faudra préciser un domaine et accepter qu’il interprète selon les symboles et correspondances ésotériques, dans une logique passé présent futur. J’ai donné mon accord, mentionné le domaine professionnel, et… il a essayé de me gruger ! Il m’a proposé un tirage en 3 cartes, passé présent futur. J’ai dit que moi, je voulais le tirage traditionnel en 36 cartes et que j’étais déçu de sa proposition. Il s’est excusé et a revu sa proposition, et cette fois-ci m’a proposé 27 cartes, tout en annonçant un tirage en 36 cartes (là, j’ai pas compris !), structurées en plusieurs catégories. On était déjà bien plus proches de ma demande ! Au lieu de le faire tourner fortement sur le tirage de toutes les cartes pour un simple test, je lui ai demandé de se concentrer sur 2 des catégories annoncées :  “le résultat ou la synthèse” (en 4 cartes) et “le message général” (ou carte clé, en une carte). Et clairement, c’est super bien fait quoi !

    4. Peut-il créer des challenges avec un simple thème ?

    Emballé, j’ai voulu savoir s’il pouvait créer des tirages de toute pièce avec un simple thème. Suite à une discussion avec Célie Adamczyk (la présidente de l’association Etrange Tarot) qui me disait être à la recherche d’un bon challenge tarot de l’avent, j’ai demandé à ChatGPT de créer un challenge tarot complet avec des tirages journaliers en 3 cartes, du 1er au 24 décembre, autour du thème des “films de noël”. Sans lui donner plus d’indications, il se met à créer tous les tirages d’un coup, en prenant un film emblématique par jour (le premier ? “Maman j’ai raté l’avion”… Good boy ChatGPT, good boy !). J’ai poussé un peu plus le bouchon en lui demandant de me contextualiser le tirage au regard de l’intrigue du film (fait). J’ai poussé encore en lui demandant de varier les thèmes pour ne pas revenir sur les mêmes types de questions (fait), et de ranger les tirages en fonction d’un parcours logique (fait). Je l’ai aussi lancé sur un roman que j’adore et sur lequel je souhaite depuis longtemps faire un challenge tarot sans avoir initié sa réalisation, et là encore, il l’a très bien fait… (aïe…).

    Comme j’aime me faire du mal, je lui ai demandé de réaliser un challenge tarot que j’ai créé moi-même il y a quelques mois sur la pratique du tarot (mais que je n’ai jamais diffusé, le gardant finalement juste pour moi !). Je lui ai donné le thème (bilan et prospective autour de ma pratique du tarot), le nombre de jours (2 semaines) et de cartes (entre 3 et 6 par jour). Son premier jet n’était pas si mal, mais quand même loin de l’introspection attendue et pas toujours logique dans ses enchaînements. Néanmoins, c’était déjà une très bonne base de travail. Je lui ai fait modifier la logique des tirages (je voulais que la première semaine soit un bilan, la seconde tournée vers l’avenir), revoir certaines catégories qui ne me convenaient pas, lui ai proposé mes propres catégories lorsqu’il n’investissait pas les thèmes qui m’intéressaient. Je lui ai fait retravailler la cohérence des tirages entre eux, supprimer certains emplacements, ajouter d’autres cartes… En 30 min, j’ai eu un challenge tout prêt, qui tient la route, qui fait sens, et qui pourrait correspondre à 14 publications sur les réseaux… Et ça fait peur, parce que dans le process, j’ai commencé à reconnaître certains des défauts ou biais que j’avais pu constater sur des challenges tarot postés en ligne sur des comptes bien connus et j’en suis un peu tombé de ma chaise… Pour aller au bout de cette expérience qui devenait un poil dérangeante, j’ai demandé à ChatGPT de créer une image prête à l’emploi pour publier l’un des tirages sur les réseaux. Bon, comme j’ai pas dû être suffisamment précis dans ma description, l’image créée, bien que très jolie esthétiquement, n’était pas immédiatement exploitable, mais là encore, moyennant quelques ajustements, je suis sûr de pouvoir en sortir une publication toute prête… C’est là que ça fait sérieusement flipper : lorsqu’on comprend qu’il existe des comptes entièrement nourris par ChatGPT, sur le fond comme sur la forme, avec la création en quelques heures de contenus pour des semaines de posts… Sans effort, sans recherches, sans réflexion, sans lecture critique du contenu, des sources, des orientations proposées… Moi qui étais déjà outré par les applications qui incitent leurs utilisateurs à reproduire à l’infini des vidéos débiles qui restent sur la toile, encombrent des serveurs, contribuent à l’usage excessif d’énergie et au réchauffement climatique, me voilà en pleine prise de conscience de la réalité des contenus diffusés aujourd’hui sur nos réseaux… Mais quel monde dystopique !

    5. Ok… et pour quelqu’un qui veut s’entrainer à tirer les cartes, alors, que peut-il faire ?

    Bon, comme je commençais à être sérieusement saoulé par cette prise de conscience (avec l’envie de carrément fermer mon compte et me remettre aux bons vieux cahiers perso…), j’ai laissé là mon expérimentation sur les tirages pour me recentrer sur l’aide que peut apporter ChatGPT à quelqu’un qui apprend le tarot, et je lui ai posé une question différente : dans plusieurs tirages professionnels, à la question “ce que je peux apporter à mon équipe”, j’ai tiré le 6 de Coupes (véridique), j’ai donc demandé à ChatGPT s’il pouvait me l’interpréter mais dans un contexte professionnel, avec des exemples concrets. Il l’a fait, et c’était hyper clair (si ca vous intéresse, il m’a parlé de “renforcer les liens humains et la convivialité”, “apporter des perspectives du passé pour guider l’avenir”, “favoriser la créativité et l’innovation”, “favoriser l’empathie et la compréhension mutuelle”, avec un descriptif en quelques lignes et des exemples). Je l’ai poussé encore plus loin, en demandant de développer l’aspect psychologique, les biais potentiels, etc. et c’était encore une fois bluffant…

    J’ai discuté, ensuite, avec ChatGPT (oui, on peut discuter avec lui, comme avec n’importe quelle personne), et j’ai évoqué mon souhait de poursuivre ma progression dans la pratique du tarot, et pour cela je lui ai décrit mon état d’avancement, les champs déjà investis, et je lui ai demandé quels sont les champs sur lesquels je pourrais avancer en tant que “praticien avancé”. Il m’a fait une liste de champs à investir (des systèmes ésotériques à la transmission de mes connaissances aux tiers, en passant par la psychologie, la création de mon propre jeu, la tenue d’un journal de réflexion…), et je lui ai demandé d’approfondir ce que je pourrais faire pour investir l’aspect psychologique avec des ouvrages de référence. Et là, il m’a proposé des ouvrages sur la psychologie jungienne, sur la psychologie humaniste et transpersonnelle, sur la psychologie moderne, les neurosciences et la psychologie cognitive, et enfin les pratiques intégratives. Juste dingue d’avoir, comme ca, sous la main, un “ultra-sachant” qui saura nous orienter sur des thèmes aussi techniques que la psychologie ou les neurosciences, nous les expliquer simplement, nous donner les auteurs de référence, les premiers pas à faire pour entrer dans les sujets… C’est magique !

    Pour conclure mon exploration, je lui ai demandé “Peux-tu me créer un cas pratique de tarot, avec un résumé des faits (en un paragraphe), une problématique à traiter (par exemple amoureuse), et un tirage en 5 cartes à réaliser ? tu pourras définir les emplacements adaptés pour répondre à la problématique, mais ne tire pas les cartes, je le ferai moi-même !”. Je vous mets sa réponse en entier (premier jet, non modifié), qui vous permettra de vous entraîner à votre tour (et moi et mes exercices autour du tarot, on va aller bien sagement se mettre au rebut !).

    “Résumé des faits :

    Clara, une jeune femme de 32 ans, est dans une relation avec Antoine depuis un peu plus d’un an. Bien qu’ils s’entendent bien et partagent de nombreux intérêts, Clara a récemment ressenti une distance croissante entre eux. Elle remarque qu’Antoine semble plus distant, ne répond plus à ses messages aussi vite qu’auparavant, et passe moins de temps avec elle. Clara est confuse, car elle ne sait pas si ce changement est dû à des préoccupations personnelles d’Antoine ou si cela reflète une rupture silencieuse dans leur relation. Elle se demande si leur relation a un avenir ou s’il est temps de passer à autre chose.

    Problématique à traiter :

    Clara souhaite savoir où en est sa relation avec Antoine, comprendre les dynamiques actuelles et déterminer si elle doit investir encore dans cette relation ou si elle devrait l’abandonner.

    Tirage en 5 cartes :

    Carte 1 : L’état actuel de la relation – Quelle est l’énergie actuelle entre Clara et Antoine ?

    Carte 2 : Les raisons de la distance – Qu’est-ce qui a provoqué la distance entre Clara et Antoine ? Est-ce un problème externe (carrière, famille, etc.) ou un problème interne dans la relation ?

    Carte 3 : Les émotions de Clara – Quelle est la perception de Clara concernant la situation ? Quels sont ses désirs ou attentes cachées dans cette relation ?

    Carte 4 : Les émotions d’Antoine – Quelle est la perception d’Antoine sur la relation actuelle ? Y a-t-il des préoccupations ou des réticences qu’il n’exprime pas ouvertement ?

    Carte 5 : La voie à suivre – Quelle est la meilleure approche pour Clara dans cette situation ? Quel est le conseil du tarot concernant son avenir amoureux avec Antoine ?

    Ce tirage permettra de mieux comprendre les dynamiques et les sentiments des deux parties dans la relation, tout en offrant des pistes pour clarifier la situation. Une fois que tu auras tiré les cartes, tu pourras analyser la relation dans une perspective plus large, en tenant compte des influences sous-jacentes et des conseils pratiques pour prendre la meilleure décision.

    La limite que je vois sur cet exercice, c’est le nombre de questions par emplacements, mais c’est pas non plus bloquant. Pour le fun, je lui ai demandé de tirer les cartes sans les interpréter (il l’a fait), j’ai interprété de mon côté son tirage, puis je lui ai demandé sa lecture (qu’il a faite et très bien faite !), et j’ai pu confronter ma vision et la sienne. Plutôt cool pour progresser ! Curieux, je lui ai même demandé de rédiger, à l’attention de Clara, quelques lignes en faisant preuve d’empathie pour lui synthétiser le tirage et lui donner des clés pour aller de l’avant de façon positive (et il l’a encore fait et très bien fait…). Quand je vois la facilité à générer ce tirage gratuitement et en quelques minutes seulement sur ChatGPT, avec un texte clair et une présentation empathique centrée sur les voies d’action et de progrès, je ne peux m’empêcher d’interroger l’avenir du métier dans les formats “à distance” et “en différé” ! Je crois que je n’avais jamais réalisé le potentiel de cet outil, et l’impact qu’il pourrait avoir sur le métier de tarologue aujourd’hui, mais aussi sur tout un tas de métiers de prestation intellectuelle et de service à la personne !

    Conclusion :

    Je m’arrête là pour ce (déjà bien trop long) article ! J’espère qu’il vous aura donné un bon aperçu de ce que l’IA (et ici, ChatGPT) peut vous apporter dans votre parcours d’apprentissage du tarot et vous donnera envie d’essayer à votre tour cet outil surpuissant pour pimper votre pratique ! J’espère aussi qu’il vous aura permis d’identifier en partie les les biais de l’outil lui-même et des pratiques qu’il peut générer, et d’appréhender l’impact qu’il pourra avoir à l’avenir sur nos pratiques. Je ne peux qu’espérer que ChatGPT prenne à l’avenir la place d’outil qui lui revient, et qu’il permettra à chacun-e d’entre nous de pousser plus loin nos réflexions, nos recherches, notre esprit critique et notre créativité personnelle pour les partager au monde (et pas seulement des contenus stéréotypés copiés-collés).

    J’ai voulu laisser le mot de la fin à ChatGPT, et lui ai demandé “quelle conclusion il aimerait que je fasse pour mon article sur l’utilisation de l’IA dans l’apprentissage du tarot”, et voilà sa réponse : 

    L’IA, avec sa capacité à analyser et à traiter des informations rapidement, offre des possibilités fascinantes pour les apprentis tarologues et les professionnels du tarot. Elle permet une exploration plus approfondie des cartes, des symboles et des significations, tout en offrant un espace de réflexion personnel enrichissant. L’IA peut être un outil précieux pour guider les débutants à travers les premières étapes de leur apprentissage, en leur fournissant des explications claires, des exemples pratiques et même en leur permettant de tester leurs compétences à travers des tirages. Elle facilite également la compréhension des divers systèmes de tarot, en permettant une comparaison rapide entre eux et en offrant des pistes pour interpréter les cartes de manière plus nuancée.

    Cependant, l’IA ne remplace pas l’expérience humaine, l’intuition et la connexion spirituelle profonde qui font partie intégrante de la pratique du tarot. Elle peut, en revanche, devenir un partenaire puissant, une aide précieuse qui accompagne le tarologue tout au long de son parcours. L’intégration de l’IA dans la pratique du tarot invite à une réflexion nouvelle sur la manière dont nous abordons la spiritualité et les pratiques ésotériques dans un monde technologique. À mesure que l’IA se perfectionne, il sera intéressant de voir comment elle continuera à évoluer pour enrichir et transformer l’apprentissage et la pratique du tarot, tout en préservant la dimension humaine et intuitive de cet art ancestral.

    Wouah ! Tout un programme !

    A bientôt !

    Grégory, aka @lesvoiesdufou, accompagné pour cet article par le fascinant ChatGPT !

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  • Se libérer des contraintes de la question et des emplacements dans un tirage

    Se libérer des contraintes de la question et des emplacements dans un tirage

    8–12 minutes

    Bonjour à toutes et à tous !

    Très heureux de vous retrouver pour une nouvelle chronique après un mois de septembre particulièrement éprouvant et fatiguant pendant lequel je n’ai pas eu le temps de vous écrire ! J’espère qu’avec l’automne qui pointe le bout de son nez, l’air qui fleure bon les pumpkin spices et les feuilles qui entament leur transformation, vous retrouvez un peu de calme et de cocooning !

    Aujourd’hui, je voudrais concentrer notre discussion sur deux sujets fondamentaux lorsqu’on s’attaque à la lecture de cartes : 1) La question posée, 2) les emplacements de cartes. Ce sont des sujets souvent abordés avec rigueur, sérieux, que l’on considère comme des cadres destinés à faciliter la lecture. Et pourtant, j’aimerais vous démontrer qu’il est aussi possible de s’en éloigner drastiquement, voire de carrément les oublier et de réussir, quand même, à faire des tirages très pertinents.

    1_ La formulation de la question à poser avant de réaliser un tirage est souvent considérée comme une étape fondamentale, à mener avec soin et implication.

    Ainsi, dans son livre « Ombres et Lumières du Tarot » (Le Lotus et l’Eléphant), Carole Sédillot s’intéresse à la formulation de la question. Elle précise ainsi que « Celle-ci est particulièrement importante. A question précise, réponse précise. Veillez à ce que la question soit claire, sans ambiguïté, et qu’elle n’induise pas plusieurs interrogations ».

    Mais pensez-vous, pour autant, que poser une question soit obligatoire ?

    Emmanuelle Iger ouvre une première piste de réponse dans son livre « Lire le tarot avec le Rider-Waite » (aux éditions Trajectoire), puisqu’elle précise qu’ « on vient au tarot parce que quelque chose nous embête ou qu’on a des questions à poser. On n’est pas obligés d’en poser une, et il parle très bien quand on le laisse s’exprimer librement ». Pour elle, évidemment, « plus la question est précise, plus la réponse est précise. Mais on n’est pas pour autant obligés de poser une question ! Cela facilite juste l’interprétation en lui donnant une direction précise. Vous pouvez très bien vous contenter de sélectionner un type de tirage selon ce qui vous parle le plus, ou laisser les cartes s’exprimer librement ».

    Barbara Moore, dans son livre intitulé « Les tirages du Tarot » (édition Kindle en français), pousse la réflexion sur ce sujet. Elle indique qu’ « un débat fait encore rage dans la communauté du tarot en ce qui a trait à l’importance de la question. Les opinions vont d’un extrême à l’autre. Certaines personnes affirment que la formulation de la question est vitale, puisqu’elle affecte considérablement le genre de réponse qui sera reçu au cours d’une lecture. 

    D’autres personnes affirment plutôt que la formulation n’a pas la moindre importance. Selon eux, les cartes jouent un rôle central : elles seules fourniront la réponse attendue, sans égard aux termes dans lesquels la question a été formulée. Certains cartomanciens « anarchistes » vont même jusqu’à dire que la question est entièrement superflue. « Contente-toi de lancer les cartes et de les interpréter ! Elles te diront ce que tu veux savoir. » 

    En tant que cartomancien, vous avez sans doute déjà réfléchi au genre de questions qui vous sied le mieux. La faculté d’adaptation est sans contredit l’une des propriétés les plus étonnantes du tarot : il est en effet possible de l’adapter à vos goûts et à vos croyances. Il importe peu de savoir où vous logez dans le débat relatif à la formulation des questions (la question doit-elle être formulée soigneusement ? Doit-elle être énoncée ? A-t-elle la moindre utilité ?). Un anarchiste du tarot pourra certes se contenter d’étaler quelques cartes sur la table, sans même s’adonner au moindre tirage (eh ! oui, ils font vraiment cela). Cela dit, une question implicite est toujours présente dans leur esprit : « Qu’est-ce que le tarot souhaite me dire ? ». »

    Alors, quelle est votre doctrine à vous ? Passez-vous du temps à formuler vos questions ? Vous arrive-t-il de tirer les cartes sans avoir une question précise en tête ? Dans ce cas, vous laissez vous guidés par les emplacements ? Et si je vous disais que les emplacements sont, eux aussi, facultatifs…

    2_ Sur les emplacements, Emmanuelle Iger, dans son livre « Le Rider-Waite : le tarot de référence pour débutants et avancés » (collection ABC, chez Grancher) précise que « faire un tirage, c’est poser des cartes à des emplacements auxquels on aura préalablement donné un sens.  (…) Le sens d’un emplacement est toujours décidé avant de tirer les cartes. Prévoir plusieurs emplacements de cartes permet de décomposer la question en autant d’éléments importants, c’est à dire de l’analyser, ce qui aide à y voir plus clair ».

    Vous me voyez sûrement venir : est-ce que la définition des emplacements (via un tirage préétabli ou selon des emplacements définis sur mesure) est obligatoire pour faire un tirage de cartes ? Comme pour « la question » que nous avons observée précédemment, la définition d’emplacements a pour objet de faciliter la lecture, mais nous pouvons évidemment faire sans.

    Vous avez probablement déjà rencontré, au détour d’un ouvrage ou d’une publication sur les réseaux, ce que l’on appelle les tirages « contextuels », pour lesquels ont ne définit pas d’emplacements spécifiques, mais on se contente de tirer 3 ou 5 cartes et de les lire conjointement, en prêtant une attention particulière à la composition des cartes, l’orientation des personnages, la répétition de motifs / décors / objets / couleurs / nombres, comme autant d’indices permettant de raconter une histoire et de dégager des tendances que l’on pourra interpréter.

    Mais avez-vous déjà rencontré des tarologues qui, pour répondre à votre question, prennent le parti de déplacer les cartes tirées pour les replacer dans un ordre qui les/vous arrange ? Inconcevable ? Sacrilège ? Et pourtant !

    Replongeons-nous dans « La Voie du Tarot » de Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa (éditions Albin Michel, collection J’ai Lu), qui nous invitent à « Savoir repositionner les cartes pour trouver la réponse qui aide ». Ils l’expriment ainsi : « Il n’y a rien de fatidique dans une lecture du Tarot, rien qui soit joué d’avance. Les cartes posées sur la table sont des rectangles de papier imprimés, et non une sentence irrévocable. Un tarologue évolué doit se défaire de la notion de destinée comme de celle de prédiction. Il ou elle n’est pas là pour donner des conseils, mais pour montrer à la personne ses propres possibilités afin qu’elle trouve elle-même ce qu’elle peut faire. Au moment où le consultant choisit les cartes qui correspondent à sa question, il établit comme une photographie instantanée de son inconscient à partir de laquelle on va pouvoir travailler. Voilà pourquoi, après avoir lu la « phrase » telle que le consultant l’a formulée, il est possible de changer l’ordre des cartes pour établir, avec les mêmes éléments, une attitude de vie qui permette de donner à la question une réponse plus positive, plus efficace, plus adaptée au désir profond du consultant. On peut toujours avoir, pour trois cartes, six lectures possibles : A-B-C / B-C-A / B-A-C / C-A-B / C-B-A / A-C-B.(…)On peut ainsi lire les six configurations possibles et déterminer laquelle est la meilleure pour le consultant ».

    Ainsi, non seulement nous pouvons nous passer d’emplacements prédéfinis, mais nous pouvons également aller jusqu’à modifier l’ordre dans lequel les cartes sont apparues pour identifier l’issue qui sera la plus favorable pour le consultant. Ce n’est clairement pas la modalité de lecture la plus répandue dans les ouvrages pour débutants !

    3_ Tant qu’à déconstruire les aspects que l’on pensait communément établis, j’ai envie de pousser le bouchon encore un peu plus loin… Et si je vous disais qu’on peut faire un tirage… sans véritablement « tirer » les cartes ? Mais comment, me direz-vous ?

    Si vous me suivez régulièrement, vous savez qu’il m’arrive, quand je n’ai pas le temps de tirer mes cartes du jour, de faire un exercice de visualisation pour tirer les cartes (dans les transports en commun par exemple). Pour cela, je ferme les yeux, je fais le vide dans mon esprit, enchaîne plusieurs respirations profondes, puis j’imagine un jeu de cartes, j’applique la même technique de tirage qu’en temps normal dans ma tête et j’interprète les 3 cartes que je vois apparaître dans mon esprit. Un tirage, sans tirage, et sans cartes ! Ce qui est intéressant, c’est non seulement que la logique du tarot psychologique est poussée à son maximum mais, en plus, que l’on peut interpréter, outre la carte, son apparence dans notre esprit, les symboles qui la composent.

    Il y a une autre méthode, qui consiste non pas à tirer les cartes mais à les « calculer ». Dans « La voie du Tarot », toujours d’Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa (Éditions Albin Michel, collection J’ai lu), vous trouverez une méthode de tirages à 3 cartes (Arcanes Majeurs), certes classique, mais à partir de laquelle, en effectuant différentes additions entre ces cartes, vous identifierez de nouvelles cartes qui complèteront votre tirage initial.

    Les auteurs décrivent le processus ainsi : « On peut aussi, dans le cadre d’un tirage, additionner les numéros des Arcanes pour obtenir un nouvel élément de lecture : leur somme donne un nombre correspondant à un Arcane. Dans cette technique dite « de l’addition théosophique », si la somme des cartes dépasse 22, on additionne entre eux les chiffres du nombre obtenu pour trouver un nouveau chiffre, qui correspondra au numéro d’un Arcane majeur. Dans cette stratégie, Le Mat, qui n’a pas de numéro, est considéré comme le vingt-deuxième Arcane majeur et correspond donc au numéro 22. On peut additionner la valeur numérique de chacune des trois cartes de la phrase : • A + B + C = les aspects sous-jacents de la question. Et les cartes deux par deux : • A + C = les aspects extérieurs de la question. • A + B = influences maternelles ou réceptives ; côté gauche. • B + C = les influences paternelles ou actives ; côté droit. » À titre d’illustration : si vous tirez Le Pape (5), l’Hermite (9) et la Papesse (2), vous obtiendrez La Maison Dieu en aspect sous-jacent (5+9+2=16), Le Chariot en aspect extérieur (5+2=7), La Tempérance en influence maternelle (5+9=14) et La Force en influence paternelle (9+2=11, en retenant le système Marseille). Soit 7 cartes à interpréter, alors que vous n’en aurez tiré que 3 !

    Un autre exemple de calculs servant de base à la réalisation de tirages est celui du Référentiel de naissance, créé par Georges Colleuil, qui se base sur la date de naissance pour établir tout un tableau à interpréter. Dans son « Guide pratique du référentiel de naissance » (Éditions Dangles), Georges Colleuil précise que « le référentiel de naissance est un outil de connaissance de soi et des autres, un moyen dynamique d’évolution et de développement personnel, une méthode « d’apprentissage d’être ». (…) Pour composer son référentiel, il est nécessaire de faire coïncider quatorze Arcanes (treize majeurs et un mineur) obtenus par un calcul numérologique, avec les 14 maisons correspondant aux différents aspects de l’existence. (…) Les lames sont disposées le long de quatre axes formant une croix de Saint-André ».

    Je ne rentrerai pas ici dans la construction technique de ce tirage, qui nécessiterait bien trop de développements (et surtout, je vous invite à lire ses livres (ainsi que tous les autres livres cités précédemment d’ailleurs !) si vous souhaitez aller plus loin !), mais je trouve que c’est un parfait exemple de tirage complet et technique… sans pour autant tirer la moindre carte !

    Alors : que pensez-vous de tout cela ? Est-ce que vous avez déjà expérimenté les différentes techniques mentionnées ici ? Est-ce que cela vous donne des idées pour faire évoluer vos pratiques ? J’espère qu’avec cette chronique, vous commencerez à toucher du doigt que le cadre que l’on se fixe dans nos pratiques, s’il est sécurisant, peut aussi être levé à tout moment pour laisser libre court à notre créativité et à notre intuition.

    On se retrouve sur Instagram ou sur les discussions WhatsApp de l’association, pour échanger sur le sujet ! A très bientôt !

    Gregory, aka LesVoiesDuFou

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  • Les devins et le droit Pénal

    Les devins et le droit Pénal

    6–9 minutes

    Bonjour à toutes et à tous !

    J’espère vous retrouver en grande forme, maintenant que les beaux jours reviennent et que le soleil vient réchauffer les corps et les cœurs ! Alors, de quoi allons-nous parler aujourd’hui ? De prime abord, je voulais aborder le Grand Œuvre dans le tarot mais, non seulement le sujet mériterait des développements bien plus importants et surtout, en relisant « L’Univers inconnu du Tarot » de Robert GRAND (1979), j’ai été interpellé par un passage intitulé « Tarots et lois désuètes » qui m’a inspiré le présent article (désolé d’avance si c’est un peu techno !).

    Dans son livre, Robert GRAND s’indigne du fait que le Code civil [ndrl : je n’ai pas retrouvé cette rédaction dans les archives disponibles du Code civil, je me demande s’il ne s’agit pas plutôt d’un extrait de l’ancien Code pénal] contienne encore un article en vigueur qui dispose que « les gens qui font métier de deviner et pronostiquer ou d’expliquer les songes sont condamnés à des amendes de 40 à 60 francs et cinq jours d’emprisonnement et huit en cas de récidive, avec confiscation des instruments, ustensiles et costumes servant à l’exercice du métier de devin ».

    Il détaille les types de prestations encore susceptibles d’engager des poursuites (notamment tirer les cartes à titre onéreux) et rappelle que la police serait fondée à saisir un jeu de tarot en cas de contrôle, au titre de la confiscation des instruments de divination. Il a écrit son livre en 1979… C’est pas dingue ?! Du coup, je me suis demandé si cette disposition, dont je n’avais jamais entendu parler, était encore en vigueur. Ce que j’ai trouvé m’a surpris !

    Cette disposition a fait son chemin jusqu’en… 1994 !!!

    En effet, j’ai retrouvé la trace de cette disposition dans l’ancien Code pénal, plus précisément en son article 34 qui disposait, jusqu’à son abrogation au 1er janvier 1994, que « seront punis de l’amende prévue pour les contraventions de la 3e classe : […] 7° Les gens qui font métier de deviner et pronostiquer ou d’expliquer les songes ».

    Trois constats intéressants en découlent :

    Le premier, c’est de voir que l’infraction était caractérisée dès que l’on établissait l’exercice de la profession de « devin » : il n’est pas question ici d’un délit d’escroquerie, qui était par ailleurs prévu par l’article 405 de l’ancien Code pénal et condamnait notamment le fait de « persuader [quelqu’un de] l’existence d’un pouvoir imaginaire » pour lui soutirer de l’argent. Ici, le seul fait d’être tarologue était passible d’une sanction pénale ! Et ces textes s’appliquaient encore il y a seulement 30 ans… Vous le saviez ?! C’est pas dingue ??

    Le deuxième, c’est de voir qu’entre la disposition évoquée par Robert GRAND dans son livre et l’article 34 de l’ancien Code pénal cité ci-dessus, la peine encourue pour les « devins » a été fortement réduite, puisque la sanction se borne à une contravention (amende), sans qu’elle soit assortie d’une peine de prison réservée aux délits. J’ai fait quelques recherches, et j’ai pu trouver un article de 1963 écrit par le professeur de droit spécialisé en criminologie et droit pénal Jean LARGUIER, intitulé « Le juge et l’astrologue », dans lequel il critiquait l’indulgence des tribunaux, qui jugeaient que l’infraction pénale prévue à l’article 34 précité n’était finalement pas constituée lorsque le devin se contentait d’indiquer « les évolutions probables des événements humains », « des vraisemblances et possibilités » et ne donnait à ses clients que des conseils sur la conduite à tenir. Pour l’auteur, ce « laxisme » des juridictions offrait aux « devins » une échappatoire lorsqu’ils se contentaient d’utiliser un langage prudent, alors que l’ancien Code pénal ne prévoyait pas de telles nuances d’interprétation.

    Le troisième, c’est que cette disposition a été abrogée en 1994, elle n’existe donc plus aujourd’hui dans le droit applicable aux tarologues et autres devins. Mais pourquoi ? Dans son article intitulé « De l’astrologue au sorcier : le droit pénal face au paranormal » récemment publié dans la revue de science criminelle et de droit pénal comparé (RSC 2024. 63), Anne-Gaëlle ROBERT, Maître de conférences à la faculté de droit de Grenoble, explique qu’ « en 1994, le législateur a, à l’occasion de l’adoption du nouveau code pénal, décidé de supprimer la contravention d’exercice à titre onéreux de l’activité de devin. L’une des raisons évoquées pour justifier cet abandon tenait au fait qu’en pratique l’incrimination était tombée en désuétude, les poursuites et condamnations sur ce fondement étant quasi inexistantes depuis les années 80. Il s’agissait donc d’assurer une cohérence entre la pratique et les textes. Le législateur aurait ainsi été sensible à l’indulgence dont faisaient preuve en pratique les juges ».

    Cette modification progressive du droit pénal témoigne de l’évolution du regard porté par la société sur la profession de tarologue qui, aujourd’hui, n’est ni interdite, ni réglementée. C’est très symbolique ! Est-ce que cela signifie pour autant qu’aucune sanction n’est possible en cas d’abus ?

    Evidemment que non, l’escroquerie est toujours sanctionnée en application de l’actuel article 313-1 du Code pénal qui punit de cinq ans d’emprisonnement et de 375 000 euros d’amende « le fait, soit par l’usage d’un faux nom ou d’une fausse qualité, soit par l’abus d’une qualité vraie, soit par l’emploi de manœuvres frauduleuses, de tromper une personne physique ou morale et de la déterminer ainsi, à son préjudice ou au préjudice d’un tiers, à remettre des fonds, des valeurs ou un bien quelconque, à fournir un service ou à consentir un acte opérant obligation ou décharge ». Lorsque l’escroquerie est menée « au préjudice d’une personne dont la particulière vulnérabilité, due à son âge, à une maladie, à une infirmité, à une déficience physique ou psychique ou à un état de grossesse, est apparente ou connue de son auteur », les peines sont portées à sept ans d’emprisonnement et à 750 000 euros d’amende (article 313-2 du même code).

    Comme j’ai l’esprit d’escalier, une fois terminé ces premières recherches, je me suis demandé si l’exercice de la profession de « devin » avait toujours fait l’objet d’interdictions légales ou de sanctions pénales par le passé. Je ne pourrai pas vous faire un historique complet ici, alors j’ai décidé d’évoquer un texte très intéressant sur le sujet : un édit donné à Versailles par Louis XIV en juillet 1682, « Pour la punition de différents crimes » (retrouvez-le en intégralité ici : https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/btv1b8607061d/f1.item).

    Après avoir constaté un relâchement dans « l’exécution des ordonnances des rois, nos prédécesseurs, contre ceux qui se disent devins, magiciens et enchanteurs […] ayant attiré dans le royaume plusieurs de ces imposteurs », le roi Louis XIV a « jugé nécessaire de renouveler les anciennes ordonnances et d’en prendre encore, en y ajoutant de nouvelles précautions, tant à l’égard de tous ceux qui usent de maléfices et de poisons, que de ceux qui, sous la vaine profession de devins, magiciens, sorciers ou autres noms semblables, condamnés par les lois divines et humaines, infectent et corrompent l’esprit des peuples par leurs discours et leurs pratiques » (tout un programme !).

    Cet édit s’inscrit dans un contexte historique particulier : celui de l’affaire des Poisons, qui secoue la société et entache la réputation de nombreuses personnalités de la noblesse. Il marque donc un durcissement des sanctions contre tous les agissements qui sont dénoncés dans le cadre de cette affaire (poisons, mais aussi sorcellerie, messes noires, divination…).

    Ainsi, sur la divination et la magie, l’article premier prévoit « Que toute personne se mêlant de deviner, et se disant Devins ou Devineresses, videront incessamment le Royaume après la publication de notre présente Déclaration, à peine de punition corporelle » (ça donne le ton !).

    L’article 2 prévoit, lui, que sont défendues « toutes pratiques superstitieuse, de fait, par écrit ou par parole, soit en abusant des termes de l’Ecriture Sainte, ou des Prières de l’Eglise, soit en disant ou en faisant des choses qui n’ont aucun rapport aux causes naturelles, voulons que ceux qui les auront mises en usage, et qui s’en sont servis pour quelque fin que ce puisse être, soient punis exemplairement, et suivant l’exigence des cas ». Enfin, l’article 3 enfonce le clou, en prévoyant que « s’il se trouvait à l’avenir des personnes assez méchantes pour ajouter et joindre à la superstition l’impiété et le sacrilège, sous prétexte d’opérations de prétendues magies, ou autre prétexte de pareille qualité, nous voulons que celles qui s’en trouveront convaincues soient punies de mort ».

    Ces différentes sanctions aident largement à relativiser la place réservée aujourd’hui, dans notre société, aux adeptes de la divination ou de la magie ! J’ai personnellement trouvé passionnant de découvrir que l’activité de « devin » a ainsi été sanctionnée pendant des siècles, et que ce n’est finalement que notre histoire récente qui a permis de faire passer la divination de crime à délit, puis de délit à contravention, avant de finalement lever toute qualification pénale.

    Que pensez-vous de cette évolution ? Les connaissiez-vous ? Ça vous donne envie d’approfondir le sujet ?

    J’espère que vous aurez passé un bon moment à me lire et vous dis à très bientôt pour une nouvelle étrange discussion !

    Grégory, @lesvoiesdufou

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  • Comprendre et interpréter les arcanes mineurs répétés

    Comprendre et interpréter les arcanes mineurs répétés

    3–5 minutes

    Bonjour à toutes et à tous,

    J’espère vous trouver en forme pour lire cette première chronique, dans laquelle j’ai choisi d’évoquer un aspect souvent ignoré dans le cadre de la lecture des cartes de tarot : la lecture des arcanes mineurs « répétés », « récurrents » ou « multiples » (prenez la dénomination qui vous convient le mieux !).

    En effet, saviez-vous qu’il est possible, en présence d’une récurrence de cartes ayant une même valeur (ex. : trois 8, deux Rois, quatre Valets, etc.) de développer une interprétation inédite, spécialement configurée pour appréhender cet objet particulier dans un tirage ?

    Nous sommes relativement bien habitué-e-s à l’exercice (pas toujours évident !) consistant à faire la lecture combinée de deux cartes, que l’on peut par exemple interpréter en faisant des associations d’idées ou de mots de clés, ou en étudiant attentivement leur composition graphique. Mais avez-vous déjà songé que la récurrence de cartes de même valeur pouvait constituer, en soi, un objet nouveau ou inédit, qui mériterait d’être étudié en tant que tel ?

    C’est un peu comme si on rencontrait pour la première fois Gotenks (fusion entre Trunks et Son Goten) ou Gogéta (fusion entre Son Gokû et Végéta) : c’est un personnage au physique et à la personnalité inédite, qui peut finalement être regardé comme un nouveau personnage et non plus seulement comme deux personnages fusionnés (j’ai conscience que ce paragraphe ne parlera qu’aux fans de Dragon Ball Z ! Alors pour une image plus grand public, cela revient à considérer un cocktail (genre Sex on the Beach !) comme un objet à part entière, plutôt que comme la somme de ses ingrédients (vodka, du Schnaps à la pêche, du jus d’orange et du jus de canneberge)).

    https://static.wikia.nocookie.net/dragonball/images/f/f8/Goten-Trunks-Fusion-dragon-ball-all-fusion-33379377-855-482.png/revision/latest?cb=20181202000509&path-prefix=fr

    Alors, comment on fait ? Qu’est-ce qu’on doit lire ?

    Easy Peasy ! On retourne aux sources, en particulier au livre « The pictorial key to the tarot » écrit par Arthur Edward Waite, célèbre occultiste américano-britannique du début du XXe siècle, membre de l’Ordre Hermétique de la Golden Dawn et créateur, avec la collaboration et les incroyables talents artistiques de Pamela Colman Smith, du célèbre tarot Rider Waite Smith.

    En effet, Arthur a déjà pris soin de nous laisser une proposition d’interprétation de ces cartes multiples, à l’endroit comme à l’envers (même s’il ne dit pas comment les lire si seulement une des cartes est à l’envers par exemple… Alors pour la suite, je vous recommande de prendre ses interprétations comme des indications utiles si les emplacements considérés évoquent une orientation de lecture plutôt positive (ou fluide) ou négative (ou bloquée).

    Voici une traduction du passage qui nous intéresse :

    A l’endroit :

    4 Rois = grand honneur ; 3 Rois = consultation ; 2 Rois = conseil mineur.

    4 reines = grands débats ; 3 reines = tromperie par les femmes ; 2 reines = amitiés sincères.

    4 Chevaliers = affaires sérieuses ; 3 Chevaliers = débats animés ; 2 Chevaliers = intimité.

    4 Pages = maladie dangereuse ; 3 Pages = dispute ; 2 Pages = inquiétude.

    4 Dix = condamnation ; 3 Dix = nouvelle condition ; 2 Dix = changement.

    4 Neufs = bon ami ; 3 Neufs = succès ; 2 Neufs = réception.

    4 Huit = renversement ; 3 Huit = mariage ; 2 Huit = nouvelle connaissance.

    4 Sept = intrigue ; 3 Sept = infirmité ; 2 Sept = nouvelles.

    4 Six = abondance ; 3 Six = succès ; 2 Six = irritabilité.

    4 Cinq = régularité ; 3 Cinq = détermination ; 2 Cinq = veille.

    4 Quatre = voyage proche ; 3 Quatre = sujet de réflexion ; 2 Quatre = insomnie.

    4 Trois = progrès ; 3 Trois = unité ; 2 Trois = calme.

    4 Deux = dispute ; 3 Deux = sécurité ; 2 Deux = accord.

    4 As = chance favorable ; 3 As = petit succès ; 2 As = ruse.

    Renversées :

    4 Rois = célérité ; 3 Rois = commerce ; 2 Rois = projets. 

    4 Reines = mauvaise compagnie ; 3 Reines = gourmandise ; 2 Reines = travail.

    4 Chevaliers = alliance ; 3 Chevaliers = duel, ou rencontre personnelle ; 2 Chevaliers = susceptibilité.

    4 Pages = privation ; 3 Pages = oisiveté ; 2 Pages = société.

    4 Dix = événement, manifestation ; 3 Dix = déception ; 2 Dix = attente justifiée.

    4 Neufs = usure ; 3 Neufs = imprudence ; 2 Neufs = petit profit.

    4 Huit = erreur ; 3 Huit = spectacle ; 2 Huit = malheur.

    4 Sept = querelleurs ; 3 Sept = joie ; 2 Sept = femmes de mauvaise réputation.

    4 Six = soin ; 3 Six = satisfaction ; 2 Six = chute.

    4 Cinq = ordre ; 3 Cinq = hésitation ; 2 Cinq = revers.

    4 Quatre = promenades à l’étranger ; 3 Quatre = inquiétude ; 2 Quatre = dispute.

    4 Trois = grand succès ; 3 Trois = sérénité ; 2 Trois = sécurité.

    4 Deux = réconciliation ; 3 Deux = appréhension ; 2 Deux = méfiance.

    4 As = déshonneur ; 3 As = débauche ; 2 As = ennemis.

    Évidemment, ces interprétations sont 1) très précises et probablement un peu datées pour certaines (je pense aux 3 Reines par exemple !), 2) centrées sur une lecture divinatoire du tarot difficilement transposable à la pratique du tarot psychologique, 3) peu documentées dans l’ouvrage et donc parfois obscures sur leur construction (certaines semblent évidentes, d’autres clairement pas !), 4) pas forcément très faciles à appréhender dans le cadre d’un tirage aux emplacements strictement définis ! Mon avis est de plutôt réserver ces clés de lecture des cartes multiples à l’interprétation de tirages dits « contextuels » (tirages à 3 ou 5 cartes sans emplacements prédéterminés) et, dans l’idéal, dans le cadre d’une lecture divinatoire.

    Qu’en pensez-vous ? Ces interprétations vous parlent-elles ? Est-ce que vous pourriez les intégrer à votre pratique ? Est-ce que cela vous semble compatible avec la pratique du tarot psychologique ?

    Hyper preneur de vos retours sur ce point !

    A bientôt pour une nouvelle chronique autour du tarot !

    Grégory, @lesvoiesdufou

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