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Se libérer des contraintes de la question et des emplacements dans un tirage

8–12 minutes

Bonjour à toutes et à tous !

Très heureux de vous retrouver pour une nouvelle chronique après un mois de septembre particulièrement éprouvant et fatiguant pendant lequel je n’ai pas eu le temps de vous écrire ! J’espère qu’avec l’automne qui pointe le bout de son nez, l’air qui fleure bon les pumpkin spices et les feuilles qui entament leur transformation, vous retrouvez un peu de calme et de cocooning !

Aujourd’hui, je voudrais concentrer notre discussion sur deux sujets fondamentaux lorsqu’on s’attaque à la lecture de cartes : 1) La question posée, 2) les emplacements de cartes. Ce sont des sujets souvent abordés avec rigueur, sérieux, que l’on considère comme des cadres destinés à faciliter la lecture. Et pourtant, j’aimerais vous démontrer qu’il est aussi possible de s’en éloigner drastiquement, voire de carrément les oublier et de réussir, quand même, à faire des tirages très pertinents.

1_ La formulation de la question à poser avant de réaliser un tirage est souvent considérée comme une étape fondamentale, à mener avec soin et implication.

Ainsi, dans son livre « Ombres et Lumières du Tarot » (Le Lotus et l’Eléphant), Carole Sédillot s’intéresse à la formulation de la question. Elle précise ainsi que « Celle-ci est particulièrement importante. A question précise, réponse précise. Veillez à ce que la question soit claire, sans ambiguïté, et qu’elle n’induise pas plusieurs interrogations ».

Mais pensez-vous, pour autant, que poser une question soit obligatoire ?

Emmanuelle Iger ouvre une première piste de réponse dans son livre « Lire le tarot avec le Rider-Waite » (aux éditions Trajectoire), puisqu’elle précise qu’ « on vient au tarot parce que quelque chose nous embête ou qu’on a des questions à poser. On n’est pas obligés d’en poser une, et il parle très bien quand on le laisse s’exprimer librement ». Pour elle, évidemment, « plus la question est précise, plus la réponse est précise. Mais on n’est pas pour autant obligés de poser une question ! Cela facilite juste l’interprétation en lui donnant une direction précise. Vous pouvez très bien vous contenter de sélectionner un type de tirage selon ce qui vous parle le plus, ou laisser les cartes s’exprimer librement ».

Barbara Moore, dans son livre intitulé « Les tirages du Tarot » (édition Kindle en français), pousse la réflexion sur ce sujet. Elle indique qu’ « un débat fait encore rage dans la communauté du tarot en ce qui a trait à l’importance de la question. Les opinions vont d’un extrême à l’autre. Certaines personnes affirment que la formulation de la question est vitale, puisqu’elle affecte considérablement le genre de réponse qui sera reçu au cours d’une lecture. 

D’autres personnes affirment plutôt que la formulation n’a pas la moindre importance. Selon eux, les cartes jouent un rôle central : elles seules fourniront la réponse attendue, sans égard aux termes dans lesquels la question a été formulée. Certains cartomanciens « anarchistes » vont même jusqu’à dire que la question est entièrement superflue. « Contente-toi de lancer les cartes et de les interpréter ! Elles te diront ce que tu veux savoir. » 

En tant que cartomancien, vous avez sans doute déjà réfléchi au genre de questions qui vous sied le mieux. La faculté d’adaptation est sans contredit l’une des propriétés les plus étonnantes du tarot : il est en effet possible de l’adapter à vos goûts et à vos croyances. Il importe peu de savoir où vous logez dans le débat relatif à la formulation des questions (la question doit-elle être formulée soigneusement ? Doit-elle être énoncée ? A-t-elle la moindre utilité ?). Un anarchiste du tarot pourra certes se contenter d’étaler quelques cartes sur la table, sans même s’adonner au moindre tirage (eh ! oui, ils font vraiment cela). Cela dit, une question implicite est toujours présente dans leur esprit : « Qu’est-ce que le tarot souhaite me dire ? ». »

Alors, quelle est votre doctrine à vous ? Passez-vous du temps à formuler vos questions ? Vous arrive-t-il de tirer les cartes sans avoir une question précise en tête ? Dans ce cas, vous laissez vous guidés par les emplacements ? Et si je vous disais que les emplacements sont, eux aussi, facultatifs…

2_ Sur les emplacements, Emmanuelle Iger, dans son livre « Le Rider-Waite : le tarot de référence pour débutants et avancés » (collection ABC, chez Grancher) précise que « faire un tirage, c’est poser des cartes à des emplacements auxquels on aura préalablement donné un sens.  (…) Le sens d’un emplacement est toujours décidé avant de tirer les cartes. Prévoir plusieurs emplacements de cartes permet de décomposer la question en autant d’éléments importants, c’est à dire de l’analyser, ce qui aide à y voir plus clair ».

Vous me voyez sûrement venir : est-ce que la définition des emplacements (via un tirage préétabli ou selon des emplacements définis sur mesure) est obligatoire pour faire un tirage de cartes ? Comme pour « la question » que nous avons observée précédemment, la définition d’emplacements a pour objet de faciliter la lecture, mais nous pouvons évidemment faire sans.

Vous avez probablement déjà rencontré, au détour d’un ouvrage ou d’une publication sur les réseaux, ce que l’on appelle les tirages « contextuels », pour lesquels ont ne définit pas d’emplacements spécifiques, mais on se contente de tirer 3 ou 5 cartes et de les lire conjointement, en prêtant une attention particulière à la composition des cartes, l’orientation des personnages, la répétition de motifs / décors / objets / couleurs / nombres, comme autant d’indices permettant de raconter une histoire et de dégager des tendances que l’on pourra interpréter.

Mais avez-vous déjà rencontré des tarologues qui, pour répondre à votre question, prennent le parti de déplacer les cartes tirées pour les replacer dans un ordre qui les/vous arrange ? Inconcevable ? Sacrilège ? Et pourtant !

Replongeons-nous dans « La Voie du Tarot » de Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa (éditions Albin Michel, collection J’ai Lu), qui nous invitent à « Savoir repositionner les cartes pour trouver la réponse qui aide ». Ils l’expriment ainsi : « Il n’y a rien de fatidique dans une lecture du Tarot, rien qui soit joué d’avance. Les cartes posées sur la table sont des rectangles de papier imprimés, et non une sentence irrévocable. Un tarologue évolué doit se défaire de la notion de destinée comme de celle de prédiction. Il ou elle n’est pas là pour donner des conseils, mais pour montrer à la personne ses propres possibilités afin qu’elle trouve elle-même ce qu’elle peut faire. Au moment où le consultant choisit les cartes qui correspondent à sa question, il établit comme une photographie instantanée de son inconscient à partir de laquelle on va pouvoir travailler. Voilà pourquoi, après avoir lu la « phrase » telle que le consultant l’a formulée, il est possible de changer l’ordre des cartes pour établir, avec les mêmes éléments, une attitude de vie qui permette de donner à la question une réponse plus positive, plus efficace, plus adaptée au désir profond du consultant. On peut toujours avoir, pour trois cartes, six lectures possibles : A-B-C / B-C-A / B-A-C / C-A-B / C-B-A / A-C-B.(…)On peut ainsi lire les six configurations possibles et déterminer laquelle est la meilleure pour le consultant ».

Ainsi, non seulement nous pouvons nous passer d’emplacements prédéfinis, mais nous pouvons également aller jusqu’à modifier l’ordre dans lequel les cartes sont apparues pour identifier l’issue qui sera la plus favorable pour le consultant. Ce n’est clairement pas la modalité de lecture la plus répandue dans les ouvrages pour débutants !

3_ Tant qu’à déconstruire les aspects que l’on pensait communément établis, j’ai envie de pousser le bouchon encore un peu plus loin… Et si je vous disais qu’on peut faire un tirage… sans véritablement « tirer » les cartes ? Mais comment, me direz-vous ?

Si vous me suivez régulièrement, vous savez qu’il m’arrive, quand je n’ai pas le temps de tirer mes cartes du jour, de faire un exercice de visualisation pour tirer les cartes (dans les transports en commun par exemple). Pour cela, je ferme les yeux, je fais le vide dans mon esprit, enchaîne plusieurs respirations profondes, puis j’imagine un jeu de cartes, j’applique la même technique de tirage qu’en temps normal dans ma tête et j’interprète les 3 cartes que je vois apparaître dans mon esprit. Un tirage, sans tirage, et sans cartes ! Ce qui est intéressant, c’est non seulement que la logique du tarot psychologique est poussée à son maximum mais, en plus, que l’on peut interpréter, outre la carte, son apparence dans notre esprit, les symboles qui la composent.

Il y a une autre méthode, qui consiste non pas à tirer les cartes mais à les « calculer ». Dans « La voie du Tarot », toujours d’Alexandro Jodorowsky et Marianne Costa (Éditions Albin Michel, collection J’ai lu), vous trouverez une méthode de tirages à 3 cartes (Arcanes Majeurs), certes classique, mais à partir de laquelle, en effectuant différentes additions entre ces cartes, vous identifierez de nouvelles cartes qui complèteront votre tirage initial.

Les auteurs décrivent le processus ainsi : « On peut aussi, dans le cadre d’un tirage, additionner les numéros des Arcanes pour obtenir un nouvel élément de lecture : leur somme donne un nombre correspondant à un Arcane. Dans cette technique dite « de l’addition théosophique », si la somme des cartes dépasse 22, on additionne entre eux les chiffres du nombre obtenu pour trouver un nouveau chiffre, qui correspondra au numéro d’un Arcane majeur. Dans cette stratégie, Le Mat, qui n’a pas de numéro, est considéré comme le vingt-deuxième Arcane majeur et correspond donc au numéro 22. On peut additionner la valeur numérique de chacune des trois cartes de la phrase : • A + B + C = les aspects sous-jacents de la question. Et les cartes deux par deux : • A + C = les aspects extérieurs de la question. • A + B = influences maternelles ou réceptives ; côté gauche. • B + C = les influences paternelles ou actives ; côté droit. » À titre d’illustration : si vous tirez Le Pape (5), l’Hermite (9) et la Papesse (2), vous obtiendrez La Maison Dieu en aspect sous-jacent (5+9+2=16), Le Chariot en aspect extérieur (5+2=7), La Tempérance en influence maternelle (5+9=14) et La Force en influence paternelle (9+2=11, en retenant le système Marseille). Soit 7 cartes à interpréter, alors que vous n’en aurez tiré que 3 !

Un autre exemple de calculs servant de base à la réalisation de tirages est celui du Référentiel de naissance, créé par Georges Colleuil, qui se base sur la date de naissance pour établir tout un tableau à interpréter. Dans son « Guide pratique du référentiel de naissance » (Éditions Dangles), Georges Colleuil précise que « le référentiel de naissance est un outil de connaissance de soi et des autres, un moyen dynamique d’évolution et de développement personnel, une méthode « d’apprentissage d’être ». (…) Pour composer son référentiel, il est nécessaire de faire coïncider quatorze Arcanes (treize majeurs et un mineur) obtenus par un calcul numérologique, avec les 14 maisons correspondant aux différents aspects de l’existence. (…) Les lames sont disposées le long de quatre axes formant une croix de Saint-André ».

Je ne rentrerai pas ici dans la construction technique de ce tirage, qui nécessiterait bien trop de développements (et surtout, je vous invite à lire ses livres (ainsi que tous les autres livres cités précédemment d’ailleurs !) si vous souhaitez aller plus loin !), mais je trouve que c’est un parfait exemple de tirage complet et technique… sans pour autant tirer la moindre carte !

Alors : que pensez-vous de tout cela ? Est-ce que vous avez déjà expérimenté les différentes techniques mentionnées ici ? Est-ce que cela vous donne des idées pour faire évoluer vos pratiques ? J’espère qu’avec cette chronique, vous commencerez à toucher du doigt que le cadre que l’on se fixe dans nos pratiques, s’il est sécurisant, peut aussi être levé à tout moment pour laisser libre court à notre créativité et à notre intuition.

On se retrouve sur Instagram ou sur les discussions WhatsApp de l’association, pour échanger sur le sujet ! A très bientôt !

Gregory, aka LesVoiesDuFou

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