Bonjour à toutes et à tous !
Nous débutons aujourd’hui notre introduction à la Magie des Cordes et des Nœuds ! Pour cela, je vous propose une petite bibliographie, des questions préalables pour vous tester un peu sur le sujet et vous permettre de commencer à y réfléchir, et enfin un tour d’horizon, en images, de l’usage magique des nœuds dans différentes civilisations !

Bibliographie :
Je vous mets dès maintenant quelques références qui m’ont été utiles pour construire ce contenu et qui vous permettront d’aller plus loin si cela vous intéresse :
En français :
- La Magie des nœuds et du tissage : Art occulte d’hier et d’aujourd’hui, de Noémie Myara, aux éditions Bussière
- Sortilèges et nœuds magiques : amour, fortune, protection, succès, bien-être… de Sarah Bartlett, chez Rustica éditions
En anglais (ils sont tous disponibles en Kindle) :
- Knot Magic, de Tylluan Penry [mon préféré !]
- Cord Magic : tapping into the power of string, yarn, twistq & knots, de Brandy Williams, chez Llewellyn Publications
- Knot Magic Guide : Harness the power of sacred knots for protection, manifestation, love, and healing spells – Step by step rituals for starters and advanced practitionners in Wicca and Witchcraft, de Rhiannon Starwitch
Il en existe d’autres en anglais, en particulier sur Kindle, mais attention : beaucoup sont la reprise du même texte, avec simplement des noms d’auteurs différents ou des jaquettes différentes. Au moins, avec ces 3 là, vous avez un bon panorama.
Au-delà de ces livres sur le sujet de la magie des nœuds, si vous souhaitez travailler le sujet et progresser, je vous recommande d’acquérir des livres sur les nœuds de marins et les nœuds décoratifs ou ornementaux qui vous expliqueront, pas à pas, comment faire des nœuds plus ou moins élaborés (il en existe une quantité non négligeable, à vous de trouver ceux qui seront les plus clairs pour vous !).

Questions préalables :
Comme je l’ai fait en atelier, je vous propose de débuter cette séquence par quelques questions qui vous aideront à faire un premier tour d’horizon du sujet et de vos connaissances. N’hésitez pas à prendre en notes vos réflexions, et à y revenir plus tard, au gré des développements à venir.
Je vous ai mis quelques pistes de réflexion si cela vous est utile pour approfondir chacune des questions, pour les voir il suffit de cliquer sur les flèches au début de chaque question.
C’est parti !
Lorsque je vous parle de « nœuds », à quoi pensez-vous spontanément ? Qu’est-ce que cela vous évoque ?
Ici, libre à vous d’explorer différents domaines : des nœuds que vous avez l’habitude de faire, une image ou allégorie des nœuds, des évocations qui vous viennent à l’esprit lorsqu’on parle de nœuds ou de cordes…
Parmi les images possibles, il y a tout le domaine maritime qui dérive des nœuds de marins, tout le domaine de la montagne avec les nœuds employés pour l’alpinisme, le domaine médical (avec les sutures, les points, etc), vous avez aussi tout ce qui relève de l’usage pratique des nœuds (nouer une ceinture, des couettes, des lacets…), des souvenirs d’enfance (avec les scoubidous par exemple).
Avez-vous fait des nœuds aujourd’hui ?
Cette question vous permettra de voir à quel point les nœuds font partie de notre quotidien à tou-te-s : on apprend à les faire très jeunes, on en fait tous les jours sans même s’en rendre compte.
Quelques exemples de nœuds du quotidien (mais il y en a bien plus !) : nouer ses lacets, nouer sa cravate, nouer un ruban dans ses cheveux, faire un nœud décoratif sur un paquet cadeau, nouer un bracelet d’amitié, nouer la laisse d’un chien le temps d’entrer dans une pâtisserie, nouer le pochon d’un tarot, ficeler un rôti ou un poulet, nouer un sac poubelle…
Connaissez-vous des expressions impliquant le mot “nœud” ?
Les nœuds sont tellement présents dans nos vies qu’ils sont entrés dans notre vocabulaire pour marquer la complexité d’un sujet, les réactions physiques ou mentales liées au stress ou à des difficultés, les personnages retors.
Exemples d’expressions : le nœud du problème, se faire des nœuds au cerveau, nœud gordien, sac de nœuds, avoir un nœud dans l’estomac, tête de nœud…
Pour vous, à quoi peut servir un nœud ? Quelle est sa fonction, son effet ? (objectif : retirer des verbes d’action autour du nœud)
Cette question vous aidera à rentrer dans le sujet spécifique de la magie des nœuds : chacun des verbes que vous trouverez peut représenter un usage en magie des nœuds.
Exemples de verbes possibles : nouer, lier, re-lier, attacher, retenir, sécuriser, bloquer, pendre, fermer, serrer, unir, ré-unir, enlacer, entrelacer, tisser, ligaturer, raccorder, raccommoder, encorder, ficeler, brider, associer, contraindre…

Entrons maintenant dans le vif du sujet : pourquoi considérer les nœuds comme magiques ?
La magie des nœuds est souvent perçue par les praticiens modernes comme une magie un peu enfantine, simpliste, et n’est pas toujours prise au sérieux. Il suffit de lire les ouvrages modernes de magie pour s’en rendre compte : très peu proposent des développements sur l’usage des nœuds.
Or, la magie des nœuds est un héritage ésotérique qui est le fruit d’une histoire riche, qui traverse toutes les cultures et mythologies, et continue d’être pratiquée aujourd’hui.
Pour vous en convaincre, voici une série d’images, connaissez-vous leurs significations ou leurs usages ? (Je vous donne un indice à chaque fois, et pour plus de détails sur l’image cliquez sur la petite flèche !).

Indice : Egypte antique !
Vous avez probablement entendu l’histoire d’Osiris, dieu du passage, des cycles et de la résurrection, qui fut trahi par son frère, assassiné, dépecé et les parties de son corps disséminées dans toute l’Egypte. C’est sa femme, Isis, qui, aidée de sa sœur Nephtys, a réuni toutes les parties du corps et les a assemblées à l’aide de nœuds réalisés sur un cordon.
Le nœud d’Isis (aussi appelé Tit ou Tiet) est devenu un symbole représentant la déesse, rouge sang, il représente son pouvoir magique, il est un symbole de vie, mais aussi de protection, dans la vie comme dans la mort (raison pour laquelle cette amulette était souvent placée sur les corps momifiés, pour le protéger des éventuels pillards, mais aussi pour le protéger dans l’après-vie). Ainsi, ce nœud était susceptible de produire des effets sur plan matériel et spirituel.

Indice : Phrygie !
Le roi de Phrygie meurt sans héritier. Un oracle prédit que la première personne qui arrivera à la ville sur un char sera fait roi. Dans l’Empire perse, le char était le symbole de la royauté et de la divinité. Le premier qui se présente sur un char est le paysan Gordias, qui entre dans la ville sur son char à bœufs. Il est fait roi, et son char est conservé dans le temple de Zeus. Le timon et le joug de son char sont attachés ensemble avec un nœud inextricable, sans début et sans fin apparente. Un oracle prédit alors que celui qui arrivera à défaire le nœud régnera sur l’Asie. En 333 avant Jésus-Christ arrive Alexandre le Grand qui, ne pouvant défaire le nœud, décide de le trancher avec son épée. Alexandre va ainsi régner sur l’Asie.

Indice : Rome Antique !
Dans la Rome antique, la mariée serrait sa tunique par un nœud d’Héraclès (un nœud plat décoratif et symbolique formé de deux boucles opposées, dont les brins se croisent alternativement dessus et dessous) que seul le mari dénouait lors des noces. Héraclès ayant eu soixante dix enfants selon la tradition antique, le nœud qui lui est associé était un présage de fécondité.

Indice : Mythologie Nordique !
Dans les croyances de la mythologie nordique, les Nornes tissaient le destin des Hommes, dont la vie était représentée par un fil plus ou moins long selon son espérance de vie. Wyrd, le destin, était représenté comme une toile, dans laquelle la vie de chacun était tissée. Pour représenter cette destinée, et l’entrelacement des liens, les nœuds étaient régulièrement utilisés comme des représentations physiques, et étaient utilisés pour des charmes de protection, de victoire sur les champs de bataille, d’amour…
Un Noeud particulièrement connu est le nœud des occis, aussi appelé Valknut, un nœud formé de 3 triangles. Et dans les pratiques de Seidr (pratiques magiques associées aux croyances nordiques surtout pratiquées par les femmes (mais maîtrisées par Odin !)), les nœuds étaient utilisés pour retenir l’énergie magique lors des incantations, et la libérer lorsqu’ils étaient défaits.

Indice : Civilisations Andines !
Si, comme moi, vous regardiez les Cités d’or dans votre jeunesse (« haaaaa hahahahaaaaaa, Esteban, Sia, Tao les cités d’oooooooOOOOOr ! » (ne me remerciez pas !)), vous vous rappelez sûrement que Sia utilisait un objet atypique : un Quipu (mot qui signifie “nœud” et “compte” en quechua).
Il s’agit d’un ensemble de cordes, cordelettes et nœuds (différents types de nœuds selon l’information à représenter) utilisé par les civilisations andines pour conserver une trace de certaines informations ou données (par exemple, des données administratives ou statistiques). Des usages à fin de communication voire d’écriture semblent également possible, certains témoignages évoquant l’usage de Quipu pour se rappeler les détails d’une histoire à raconter. Certains pourraient dater de plusieurs milliers d’années, comme ceux découverts par Ruth Shady sur le site de la civilisation de Caral remontant à 4 500 ans.

Indice : Tradition Celte !
Pour les Celtes, les nœuds symbolisent l’interconnexion entre la vie, la mort et le monde des esprits. C’est dans la tradition celte que les nœuds sont les plus reconnaissables esthétiquement et probablement les plus connus. Ils ont été utilisés comme éléments décoratifs et réemployés ensuite par l’église lors de son installation et son développement, ce qui explique qu’on les retrouve aujourd’hui sur des croix et des édifices religieux.

Indice : tradition Chinoise !
Les nœuds décoratifs traditionnels chinois sont des arts locaux typiques de la Chine, ils ornent les salles de palais et les objets quotidiens des foyers. En chinois, « nœud » signifie réunion, amitié, paix, chaleur, mariage, amour, etc. Les nœuds chinois sont souvent utilisés pour exprimer de bons vœux, y compris le bonheur, la prospérité, l’amour et l’absence de mal. Ils sont des porte-bonheur que l’on peut s’offrir ou accrocher dans sa maison, mais aussi dans des commerces ou restaurants.

Indice : Folklore Lapon !
En Laponie, et plus généralement autour de la Baltique, les sorcières vendaient aux marins des cordes avec trois nœuds : le premier peut libérer un zéphyr, un vent léger ; le second relâche un vent plus fort et le dernier déclenche une effroyable tempête. L’ouverture des nœuds augmente la force du vent, et il appartenait aux marins de gérer la vélocité du vent avec ces nœuds.
Ce type de sorcellerie peut être associé à celle des tempestaires, connus depuis la Rome antique.Une précision sur l’image : elle est extraite de la banque d’images du Museum of Witchcraft and Magic, ce qui explique la petite règle sur le bas de l’image, qui est là pour permettre de répertorier les collections du musée.

Indice : Tradition Anglo-saxonne !
En 1881, dans le Somerset, a été découvert dans le grenier d’une maison à Wellington une corde de chanvre, longue d’environ 1,5 m, avec des plumes de coq insérées dans les nœuds. Cette corde, qui se trouvait entourée de balais et de pots en terre, immédiatement été associée à des pratiques sorcières, et les théories furent nombreuses (elle servirait à jeter des sorts, chaque nœud affaiblissant la personne visée, mais elle servirait aussi à guérir, chaque nœud emprisonnant la maladie, ou à prier, chaque nœud représentant une prière (comme un chapelet), ou encore à bénir et protéger une maison). Ce qui a rendu célèbre cette échelle de sorcière (witch’s ladder), c’est que l’objet a été décrit dans le journal folklorique anglais Folklore en 1887 par l’occultiste E. B. Tylor, qui s’intéressait aux croyances populaires. Cet article en fait, encore aujourd’hui, la plus ancienne échelle de sorcière connue et décrite comme telle. Elle est désormais conservée au Pitt Rivers Museum d’Oxford, dans les collections d’anthropologie.

Indice : Religion Orthodoxe !
Dans la religion orthodoxe, notamment, est utilisé un “Chotki”, aussi appelé chapelet Byzantin, dont chaque noeud représente une prière et la répétition des prières était réputée conférer à l’objet du pouvoir spirituel.

Indice : Sorcellerie du Moyen-Age !
Au Moyen-Age, la magie des nœuds était surtout connue sous le nom de Ligature, ou « Ligatura ». Il s’agissait d’une forme de magie considérée comme dangereuse (notamment parce qu’elle était simple à mettre en œuvre, à la portée de tous, et extrêmement discrète), ce qui a conduit l’église à édicter, dès ses débuts, des édits pour l’interdire. Ceux qui utilisaient la “ligatura” étaient persécutés voire exécutés, et cette posture de l’église s’est poursuivie jusqu’au 18e siècle en France et en Ecosse.
L’usage le plus connu de la ligature est celui consistant à « nouer l’aiguillette » : l’aiguillette est l’ancêtre de la braguette, il s’agissait d’un cordon, ferré aux deux bouts, qu’utilisaient les hommes pour lacer sur l’avant de leur vêtement le haut-de-chausse au pourpoint. Nouer l’aiguillette revenait donc à rendre l’homme impuissant, soit de manière temporaire (pour qu’il laisse son épouse tranquille), soit de manière plus définitive (pour se venger ou empêcher un mariage).
Dans les Secrets merveilleux de la magie naturelle et cabalistique du Petit Albert, que j’ai retenu en illustration, on retrouve notamment la mention de la ligature de l’aiguillette : « Ayez la verge d’un loup nouvellement rué, & étant proche de la porte de celui que vous voudrez lier, vous l’appellerez par son propre nom, & aussi-tôt qu’il aura répondu, vous lierez ladite verge du loup avec un lacet de fil blanc, & il sera rendu si impuissant à l’acte de Vénus, qu’il ne le seroit pas davantage s’il étoit châtré. De bonnes expériences ont fait connoître que pour remédier, & même pour empêcher cette espece d’enchantement, il n’y a qu’à porter un anneau dans lequel soit enchassé l’œil droit d’une belette ».
Si le sujet vous intéresse, j’ai trouvé un article très bien documenté ici.

Indice : Religion Catholique !
Saviez-vous que l’on prête à la Vierge Marie la capacité de “défaire les nœuds” ? On évoque ainsi Sainte Marie qui défait les nœuds pour lui demander de résoudre les problèmes difficiles de la vie, particulièrement les conflits familiaux et crises personnelles (elle est souvent honorée dans le cadre de neuvaines).
Cette croyance est liée à un tableau baroque du XVIIIe siècle, nommé “Marie qui défait les nœuds”, détenu dans l’église Saint-Pierre de Perlach à Augsbourg (Allemagne). Le Pape François a contribué à la vénération de cette représentation de la Vierge en Argentine, puis dans le monde entier.
Exemple de prière dédiée à la Marie qui défait les nœuds :
“Vierge Marie, mère du bel Amour, mère qui n’a jamais abandonné un enfant qui crie au secours, mère dont les mains travaillent sans cesse pour tes enfants bien aimés, car elles sont poussées par l’Amour divin et l’infinie Miséricorde qui déborde de ton cœur, tourne ton regard plein de compassion vers moi.
Vois le paquet de « nœuds » qui étouffe ma vie. Tu connais mon désespoir et ma douleur. Tu sais combien ces nœuds me paralysent. Marie, mère que Dieu a chargée de défaire les « nœuds » de la vie de tes enfants, je dépose le ruban de ma vie dans tes mains. Personne, pas même le Malin, ne peut le soustraire à ton aide miséricordieuse. Dans tes mains, il n’y a pas un seul nœud qui ne puisse être défait. Mère toute puissante, par ta grâce et par ton pouvoir d’intercession auprès de ton Fils Jésus, Mon Libérateur, reçois aujourd’hui ce « nœud » [le nommer, si possible]. Pour la gloire de Dieu, je te demande de le défaire, et de le défaire pour toujours. J’espère en Toi. Tu es l’unique Consolatrice que Dieu m’a donnée, tu es la forteresse de mes forces fragiles, la richesse de mes misères, la délivrance de tout ce qui m’empêche d’être avec le Christ.”

Indice : Psychologie !
Connaissez-vous la topologie des nœuds de Lacan ? C’est par le nœud borroméen (trois cercles entrelacés qui ont la propriété que si l’un des cercles disparaît, les deux autres sont détachés) que Lacan choisit de représenter la structure du sujet, le R du réel, le S du symbolique et le I de l’imaginaire. C’est un outil pour l’analyste, il aide à la modélisation des différents systèmes de compréhension du fonctionnement psychique.

Indice : Pop Culture !
La saga “A discovery of Witches” de Deborah Harkness suit les aventures d’une sorcière (Diana) qui doit apprendre à maîtriser ses pouvoirs.
Cette sorcière est une tisseuse, elle sera appelée à maîtriser le tissage de nœuds complexes, allant jusqu’à réaliser 10 nœuds pour lancer un sort et déployer sa puissance magique !
Comme vous le voyez avec l’ensemble de ces éléments, quelles que soient les époques ou les civilisations, les nœuds ont toujours eu une place à part, on leur prêtait des vertus magiques, la capacité d’attirer des énergies et de les retenir, une force symbolique à part.
Ce sont les bases de la magie des nœuds que nous allons aborder dès la partie 2 !
Fin de la première partie !
J’espère qu’elle aura déjà été riche d’enseignements !
Bonne semaine à toutes et à tous !

Gregory, aka @lesvoiesdufou


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